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« Aux seuls mots d’amour, de plaisir,
je suis troublé, je sens ma poitrine agitée ! »
Les Noces de Figaro, acte I, scène 5.
Au milieu des vestiges d’un monde de privilèges qui vacille, l’amour mène un drôle de jeu, contrarie le caprice libertin d’un comte, fait tomber sa comtesse en pâmoison, aiguillonne dangereusement le désir d’un jeune garnement et sauve in extremis le mariage de domestiques.
Moins politique que la pièce de Beaumarchais qui l’inspire, les Noces de Figaro brocarde avec esprit la noblesse, peint avec finesse un peuple en pleine découverte de lui-même, et métamorphose l’opéra bouffe traditionnel en une comédie joyeuse et spirituelle.
Cœur de la Triade de Beaumarchais, écrit en 1784 entre le Barbier de Séville, insouciante comédie encore très XVIIIe siècle, et le Mariage forcé, drame moralisant annonçant le puritanisme du XIXe siècle, le Mariage de Figaro frissonne déjà au souffle de la Révolution française. Contrarié dans ses projets de mariage par celui qu’il sert — ce comte dont un caprice amoureux lui fait convoiter la servante qui lui est promise, Figaro dépasse les convenances de sa condition pour ramener le comte à la morale et la raison. En un célèbre monologue, il fustige celui qui s’est « donné la peine de naître, et rien de plus » et, ce faisant, il fait entendre sur les scènes la voix des petites gens qui vivent et meurent dans l’ombre de leurs maîtres.
Ce Figaro insolent, revendicatif et rusé, ne pouvait que séduire un Mozart si proche de lui, mais la peur de la censure autrichienne conseilla au compositeur, en pleine maturité artistique, d’adoucir la satire sociale pour lui préférer le ton, apparemment badin, de la comédie. Sous la plume de Lorenzo da Ponte, avec lequel Mozart collabore pour la première fois, les Noces de Figaro oublie diatribes et monologue, transforme la prose acerbe de Beaumarchais en une élégante versification avec laquelle la musique peut faire jouer ce qui ne peut s’énoncer et faire entendre ce qui ne peut se dire. Entre la commedia dell’arte dans laquelle évoluent Suzanne et Figaro, le traditionnel opéra bouffe dans lequel se débattent le docteur Bartolo et Marcelline, et le délicat traitement de Chérubin, du comte, et surtout de la comtesse, Mozart trouve la diversité et la fantaisie qu’il affectionne tout en transposant habilement le choc des classes sociales en un saisissant contraste des genres.
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