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« J’espérais autre chose pour ma vie,
autre chose,
mais maintenant j’ai l’impression qu’elle est finie. »
Jenufa, acte II.
Dans un village morave assourdi par des hivers de solitude, oppressé par l’inquisition des regards, le destin de Jenufa, enceinte de qui l’a séduite puis abandonnée, défigurée par le jaloux qui finira par l’épouser, fille-mère dont l’enfant est froidement assassiné par une belle-mère craignant l’humiliation, s’exécute avec la banale cruauté d’un fait divers.
Pourtant Janácek, en suivant avec précision la force expressive et mélodique du langage, en noyant dans un même flot musical ininterrompu les contrastes saisissants du quotidien, en transcrivant avec un goût obsessionnel du vrai jusqu’au moindre frémissement des âmes, donne à son drame le lyrisme des grandes tragédies.
Si Jenufa, œuvre noire qui met au-devant de la scène la tragique histoire d’une femme trahie, blessée, humiliée, résignée, ne sombre jamais dans la délectation morose du romantisme ni dans la sensiblerie indignée du réalisme, c’est qu’elle est avant tout un opéra de la douleur. Janácek y noie le désespoir d’avoir perdu sa fille alors qu’il composait son œuvre, allant jusqu’à transcrire dans sa partition les derniers soupirs de sa jeune mourante. Il y a bien sûr dans Jenufa de la révolte sourde, de la violence insupportable parce qu’impunie, mais il y a aussi de la compassion, de ces moments de joie qui aident les communautés à vivre, de ce printemps qui, malgré l’immobilisme d’un hiver sans fin, aura la force de sourdre d’entre les glaces.
Plus qu’avec d’autres compositeurs, tout est dans la musique chez Janácek. Ou, plus exactement, tout est musique. La prose brute de la langue morave n’est pas un fardeau dont on se soulage dans les récitatifs, elle est, magnifiée, comprise, partie intégrante de l’œuvre. Le folklore, les rituels, la lente respiration de la nature, les larmes retenues, les cris, tout est contenu dans cette musique qui ne cesse de couler comme la vie elle-même. Amoureux de ses paysages, de sa langue, de sa culture, Janácek en saisit la vérité avec une précision d’entomologiste, et, sous la loupe de son regard panthéiste, en fait une fresque qui déborde largement les frontières de son petit pays. Cette volonté d’effet grossissant respectueux du réel est bien évidemment vraie pour Jenufa elle-même, cette femme qui doit être universelle à force d’être particu-lière, et doit mener seule son drame aux marches du sublime sans autre recours que sa voix.
Absence à Angers : Jenufa nécessite un orchestre trop important pour la fosse du Grand Théâtre d’Angers. Le théâtre du Quai, qui aurait pu accueillir cette production, n’étant finalement inauguré qu’en fin de saison, Angers Nantes Opéra se trouve dans l’incapacité de présenter ce spectacle à Angers et s’en excuse auprès des spectateurs angevins.
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