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« Quelques maux que sur nous votre haine rassemble,
vous ne pourrez du moins envier à nos cœurs
le funeste plaisir de soupirer ensemble. »
Pirame et Thisbé, acte III, scène 3.
De l’antique légende de deux adolescents qui s’aimaient depuis l’enfance et mouraient à cause d’une horrible méprise, Jean-Louis Ignace de la Serre fit un livret de jalousie, de pouvoir et de vengeance qui permettait aux jeunes Rebel et Francœur de composer une œuvre tragique qui rompait avec la tradition des opéras classiques du XVIIe et XVIIIe siècles.
Créé avec succès en 1726, cet opéra accompagna François Francœur toute sa vie. Après de multiples retouches et reprises en 1729, 1755, 1759, il en signa une version définitive en 1771. Editée en 1779, tombée dans l’oubli, retrouvée récemment, cette ultime version connaît aujourd’hui une nouvelle vie. Une nouvelle création.
La touchante légende de Pirame et Thisbé, que l’on retrouve sous la plume d’Ovide dans ses Métamor-phoses, ou dans les vers des Filles de Minée du livre XII des fables de Jean de la Fontaine, s’intéressait à l’amour pur et malheureux d’un bel adolescent et d’une ravissante jeune fille de Babylone dont la passion se heurtait à l’hostilité de leurs parents. Il reste peu de ce Roméo et Juliette antique dans le livret que Jean-Louis Ignace de la Serre écrivit pour Rebel et Francœur, sans doute parce que pour séduire le Prince de Conti auquel l’œuvre fut dédiée, l’auteur s’intéressa aux intrigues de cœur et de cour mieux connues de leur public. L’histoire devint celle de Zoraïde, fille du roi Zoroastre, promise au jeune roi Ninus qui convoite Thisbé qui, elle-même, n’a d’yeux que pour Pirame qu’elle aime en secret. Et aux dieux attristés qui rougirent les baies du mûrier en souvenir de jeunes amants sacrifiés, le librettiste préféra la colère d’une Zoraïde déclenchant contre Ninus la fureur des éléments.
Si la tragédie lyrique de François Rebel et François Francœur, ces deux jeunes compositeurs appartenant à d’illustres familles de violonistes et déjà directeurs de l’Opéra, se voulait respectueuse des anciens, elle n’en rompait pas moins avec l’usage des fins heureuses chères à l’époque. Sans cesse remanié par Francœur tout au long de sa vie, Pirame et Thisbé a traversé les querelles des anciens et des modernes, est porté par les courants qui ont marqué le XVIIIe siècle, rend hommage appuyé à Lulli et recèle la moderne influence de Rameau. Ainsi l’ultime version de 1771, transcrite par Daniel Cuiller, n’est pas qu’une simple curiosité pour spécialistes, elle est un formidable témoignage de l’évolution musicale au siècle des Lumières.
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