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« La fidélité, ce tyran des cœurs,
nous la détestons comme un mal cruel.
Que seul celui qui le désire soit fidèle. »
Rigoletto, acte I, scène 1.
La cour de Mantoue résonne de rires trop clairs qui masquent rages et offenses. C’est que le duc y séduit avec arrogance, aidé par son bouffon Rigoletto qui s’amuse d’en être le complice avant que ne tombe sur lui la malédiction lancée par un père déshonoré. Pathétique et maudit, Rigoletto tombe alors dans l’un de ces pièges qu’il aimait tendre, livre sa fille au duc quand il voulait l’en éloigner, subit la vengeance qu’il a ourdie.
Verdi, fasciné par le drame romantique, aimant l’excès des sentiments qu’il contient, enchaîne les voix amoureuses et furieuses, sonores et éteintes, désespérées et pures, pour envoûter le spectateur et l’entraîner dans cette farce qui tourne à la tragédie.
Comme Don Juan ou Casanova, le duc de Mantoue collectionne les cœurs, mais il ne fait de ses conquêtes ni une révolte contre la morale, ni une secrète recherche de l’amour idéal, juste un jeu impuni que lui permet son rang. C’est l’erreur de Rigoletto que de croire posséder un peu de ce pouvoir qu’il sert, d’oublier qu’il n’est aux yeux de tous qu’un bouffon, bossu, veule et cynique. La malédiction qui le frappe ne désespère que lui-même parce que l’inconscience du mal qu’il a fait le prive de la compassion de ceux qu’il a tourmentés, le condamne à survivre sans grandeur, ignoré de sa fille Gilda aimée en secret, et finalement en fait la victime de la vengeance dont il espérait le salut. Seule au milieu de ce naufrage, Gilda porte en elle la lumière de l’innocence, la grâce de celle qui découvre dans un même élan les beautés de l’amour et de la mort.
Giuseppe Verdi rêvait de composer un Roi Lear et, bien que son opéra soit adapté d’une pièce de Victor Hugo, c’est souvent du côté de Shakespeare qu’il faut chercher les personnages de son Rigoletto. Sa partition précise, efficace, évite la sensiblerie et n’use de la virtuosité des chanteurs que pour mieux saisir les contorsions de l’âme au bord de la folie quand l’aveuglement de la vanité lui fait perdre l’amour qu’elle ignorait posséder.
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