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« L’amour est un petit voleur,
L’amour est un petit serpent.
Au cœur, comme il lui plaît,
Il donne et retire la paix. »
Così fan tutte.
Ce n’était pourtant qu’un pari entre un philosophe persuadé de l’inconstance des sentiments et deux jeunes hommes convaincus de la fidélité des sœurs qu’ils voulaient épouser. Mais le philosophe manipule pour démontrer, une servante malicieuse devient sa complice, les couples s’entrecroisent, se défont, se refont, et le pari perdu devient leçon de sagesse.
Mozart se plaît dans cette comédie douce-amère à laquelle il évite la farce et la facilité. Aidé d’une musique sensuelle et passionnée, il donne de la gravité au marivaudage, de la tristesse à la tentation, rappelle la douleur qu’il y a à aimer de nouveau quand on croyait aimer déjà.
La légende veut que ce soit l’empereur Joseph II lui-même qui choisit un fait-divers comme thème de l’opéra qu’il commanda à Mozart en 1789. Mais en demandant à Lorenzo da Ponte d’en imaginer le livret, il paraît bien peu probable que le compositeur n’ait pas trouvé un écho à sa propre vie dans le Così fan tutte que lui remit ce collaborateur qui avait déjà écrit pour lui les Noces de Figaro en 1786 et Don Giovanni en 1787. Que ce soit ou non le fruit du hasard, Mozart ne pouvait qu’être sensible à cette histoire de deux couples dont les amours se changent et s’échangent, lui qui avait été profondément amoureux d’une femme avant d’en épouser la sœur.
Le public de l’époque s’amusa de ce qu’il considérait comme une farce faite de tous les ingrédients d’usage : philosophe peu scrupuleux, soubrette de caractère, médecin de pacotille, magistrat contrefait, tromperies et coups de théâtre. Mais après que le XIXe siècle eut méprisé ce livret que Beethoven trouvait salace et Wagner trivial, le XXe siècle fit enfin oublier un peu Molière et penser davantage à Marivaux, leva le voile sur une musique à la réputation charmante et superficielle mais dont la ferveur se révélait chargée d’une incroyable finesse psychologique.
Da Ponte a écrit un livret habile et libertin, Mozart pousse sa farce cruelle au bord de la tragédie, donne aux stratagèmes du philosophe les vertus d’un parcours initiatique auquel l’Ecole des amants, le sous-titre de l’œuvre, fait implicitement référence. Ainsi font-elles toutes, disait le titre ? Ainsi font-ils tous aussi, faudrait-il ajouter. Pour éviter de croire en un propos misogyne quand il n’est question que du doute et de l’incertitude dont l’amour doit éternellement triompher.
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