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« Combien de sots
Avec de fausses lunettes
Croient voir la vérité
Et ne savent pas découvrir la fausseté ! »
Le Monde de la lune.
Comme la lune est belle… vue de la terre à travers la lunette d’un faux astronome ! Pour peu que le voyage soit remplacé par un bon somnifère, on peut même y poser le pied, y trouver des hommes aussi puissants que des rois et des femmes dociles adorant les vieillards. Derrière cette duperie extraterrestre, il y a bien sûr de l’argent à dérober, des filles à épouser, un père bourgeois à berner, sous la plume cocasse et réaliste de Goldoni, toujours jeune et gaillard malgré ses trois cents ans.
Haydn s’embarque joyeusement dans ce kaléidoscope de la comédie italienne en feignant de croire à tout pour composer avec la même ingénuité farce et féerie, colères et atermoiements, et atteindre ainsi une maîtrise nouvelle de son art.
Carlo Goldoni, dont l’Italie vient de fêter avec ferveur le 300e anniversaire de la naissance, a non seulement marqué son temps mais aussi l’histoire du spectacle vivant. C’est qu’en 20 ans il a écrit plus de 200 tragédies, intermèdes, drames, livrets d’opéra, saynètes de carnaval et, surtout, des comédies qui assurent sa célébrité dès 1744. Inventeur d’une comédie italienne moderne, il sait garder l’exubérance et les jeux de masques de la Commedia dell’Arte tout en y associant une véritable écriture des dialogues, des intrigues pleines de rebondissement, des personnages auxquels son don de la caricature apporte une vie saisissante. Des qualités que l’opéra bouffe du XVIIIe a su exploiter pour se développer. Qu’importait en effet aux compositeurs la guerre déclarée à Goldoni par ses deux rivaux vénitiens, Carlo Gozzi, déversant sa bile sur ce réalisme amoral, et le jésuite Pietro Chiari, plaidant pour l’univers baroque d’un théâtre bouffon et poétique ? Eux ne voyaient en cette œuvre que matière à chanter, à jouer, à divertir.
Haydn partage ce goût puisque, après Lo Speziale en 1768 et Le Pestrachi en 1769, c’est la troisième fois avec (le Monde de la lune) qu’il compose sur un texte de Goldoni, même si le livret final s’éloigne parfois de l’original pour valoriser l’intimité psychologique de certaines scènes. Car si, dans ce qui sera son dernier opéra bouffe, il est encore plein de tendresse pour cette histoire de dupes aux accents féeriques, il retire volontiers le masque de la drôlerie à ses personnages pour s’aventurer, sans y paraître, sur les terres nouvelles du classique.
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