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« Quand on est père et mère
Même si au cœur pas une ombre
Ne vient semer le trouble
Penser à son enfant sur les routes
Et ah comme on s’égare »
Gosenshû, poème de Fujiwara no Kanesuke
Sumidagawa, pièce de nô du début du XVe siècle, épouse le parcours d’une femme dont l’esprit et les pas s’égarent à la recherche de son enfant disparu. Le passeur qui lui fait traverser la rivière Sumida, l’ultime étape, est celui qui détient le dénouement, qui conduit du monde des vivants au monde des morts, qui transforme le désespoir en acceptation.
A soixante ans, après plus de 35 ans passés en France, Susumu Yoshida ne cesse d’interroger sa culture à la lumière vive de la musique contemporaine. Ici, il garde du nô d’origine l’économie instrumentale, le dépouillement vocal, la force poétique, la tragédie intime. Et devient lui aussi un passeur. Entre Extrême-Orient et Occident, tradition et modernité.
Une première fois, la musique et les voix se déroulent à la façon des emaki, étranges rouleaux qui, depuis l’ère Heian du Xe siècle, mêlent texte et dessin pour raconter les légendes. Comme celui de 1679 qui, en un lent panoramique se bobinant d’une main à l’autre, faisait défiler la célèbre pièce de nô écrite un siècle et demi plus tôt, Sumidagawa (la Rivière Sumida), elle-même inspirée de l’un des 209 poèmes des Ise monogatari (les Contes d’Ise), monument de la littérature japonaise dont les origines se perdent dans les années 900. Sumidagawa n’avait gardé du conte que l’essentiel. La séparation en tant que sentiment, la rivière comme lieu unique, la traversée en barque pour toute action, un poème en guise de fil rouge et ressort dramatique. La légende y gagnait la précision et la simplicité d’une aquarelle.
Une deuxième fois, l’histoire se déroule. Celle d’une femme devenue folle à force de chercher son enfant. Celle de cette femme qui rencontre le passeur qui lui permet de traverser la rivière Sumida. Lui qui sait en feignant de ne pas comprendre, elle qui ignore en feignant de ne pas deviner. Jusqu’à ce que le récit du passeur — ce jeune homme qui est venu, qui est mort, qui repose sur l’autre rive, ne réponde sans le vouloir aux questions de la mère. Et lui permette, en faisant le deuil de ce fils mort et enterré, là, de l’autre côté, d’en retrouver la présence.
C’est ainsi que Susumu Yoshida propose de découvrir son œuvre. Une première fois pour entendre et comprendre. Une deuxième fois, pour voir et ressentir.
Plus que Chikamazu Monzaemon dans son Futago Sumidagawa (1720) ou Benjamin Britten dans son Curlew River (1964), Susumu Yoshida, en réduisant son orchestre à quatre percussionnistes, en se limitant à deux chanteurs, rejoint l’univers intense et minimaliste du Sumidagawa originel.
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