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Direction musicale, sélection et
arrangement des musiques de scène : Daniel Cuiller

Adaptation et mise en scène : Dirk Opstaele

Chorégraphie : Leah Hausman

Costumes : Véronique Seymat


Chanteurs, démons de l’amour et du désir :
SOPRANO : Virginie Pochon
BARYTON : Franck Leguerinel

Comédiens :
MADAME DE FEE : Mieke Laureys
TRIVLITCH, majordome de la Fee : Gordon Wilson
ARLEKISS, prisonnier de la Fee : Danny Ronaldo
SYLVINE, camériste de la Fee : Annelore Stubbe

Et autres personnages…


Stradivaria, ensemble baroque de Nantes





ANGERS

Grand théâtre
lundi 1er, mardi 2 mars, mercredi 3 mars 2010

NANTES

Théâtre Graslin
jeudi 25, dimanche 28, lundi 29,
mercredi 31 mars, jeudi 1er avril 2010

EN SEMAINE A 20H, LE DIMANCHE A 14H30

PRIX DES PLACES 55 € | 45 € | 35 € | 30 € | 20 € | 10 €


 

A LIRE Autour de Galantes scEnes

LES Rendez-Vous

 

 

 

En 1720, avec son premier succès théâtral Arlequin poli par l’amour, Marivaux apportait une langue châtiée à l’exubérance gestuelle des comédiens italiens sans imaginer qu’il offrait ainsi fluidité et fantaisie délicate au théâtre français.
En 1733, Pergolesi composa La Serva Padrona pour égayer les entractes de son opéra Il Prigioniero Superbo. Il n’avait pas idée que ces deux intermezzi dans le goût napolitain auguraient l’Opera Buffa et, vingt ans plus tard, jetteraient l’intelligentsia parisienne en pleine Querelle des Bouffons qui opposerait les défenseurs de la musique française à ceux qui voulaient italianiser l'opéra.
Ces deux oeuvres courtes, vives et légères, ont marqué leur temps de modernité. Dirk Opstaele, dont l’écriture réinvente Marivaux tandis que sa mise en scène papillonne entre mime et chorégraphie, les fait se répondre joliment presque trois siècles après qu’elles ont été écrites.


Coproduction Angers Nantes Opéra,
Ensemble Leporello, Stradivaria ensemble baroque de Nantes.

[œuvre en français et en italien avec surtitres en français]



« Vous soupirez, Madame,
Et malheureusement pour vous,
Vous risquez de soupirer longtemps
Si votre raison n’y met ordre. »

Trivelin,
Arlequin poli par l’amour

Il fallut à Marivaux la banqueroute de Law, qui le ruina en 1720, pour lui faire délaisser ses écrits moralistes et peu rentables, façon La Bruyère, au profit du chemin buissonnier d’un théâtre vivant mais très écrit, raffiné mais populaire, tel que l’avait déjà dessiné Molière presque un siècle plus tôt. Mais là où Molière s’était opportunément contenté d’emprunter ses personnages à la commedia dell’arte pour servir son propre théâtre, Marivaux, sans doute parce qu’il était enflammé par la vivacité de l’actrice Silvia Baletti alors que sa femme, malade, allait mourir en 1723, mit tout son talent d’écriture au service de Comédiens Italiens dont le génie gestuel souffrait d’une pauvreté de langage. En ce sens, il n’était pas si loin de l’inconstante fée de Arlequin poli par l’amour qui, oubliant l’enchanteur Merlin auquel elle s’est promise, s’émeut pour le trop bel Arlequin auquel elle veut donner de l’esprit pour y gagner son affection, mais constate à ses dépens que c’est plus souvent l’amour que l’éducation qui donne de l’esprit.

Avec ce qui pourrait sembler un conte léger pour adolescents en mal d’aimer, Marivaux ouvrait en fait avec succès la voie d’un théâtre très personnel où les nécessités du corps se débattent avec les atermoiements de l’esprit, où coeur et raison ne font pas bon ménage, et qui atteindra son apogée, deux ans plus tard, avec la Surprise de l’amour, suivi de peu par la Double Inconstance. Son langage subtil qui utilisait avant l’heure la psychologie comme ressort de l’action, ne fut pourtant pas du goût des penseurs de l’époque et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un Voltaire, un rien jaloux mais admiratif, dise de lui qu’il « pèse des oeufs de mouche dans une balance en toile d’araignée ».

Les Comédiens français et leur honorable public l’appréciaient encore moins et priaient en secret pour que le Théâtre italien auquel il s’était donné reste une scène secondaire. Son prestige et sa notoriété en ont été affectés et il fallut attendre le siècle suivant pour que le succès des comédies de Musset le remette durablement au devant de la scène. La complexité des personnages qui chagrinait tant ceux de son temps fut justement ce qui plut au public de cette nouvelle époque, s’extasiant d’une telle modernité, offrant ainsi à Marivaux une gloire qui ne s’est jamais amoindrie. Près de trois siècles plus tard, sous le titre Scènes galantes, la plume de Dirk Opstaele s’empare de cette prose légère pour s’en travestir avec respect et malice.



« Je ne sais si c'est de l'amour ou de la pitié,
Si c’est oui ou si c’est non,
Si je veux ou si je ne veux pas,
Et je m'embrouille toujours davantage.
Ah, misérable, malheureux que je suis !
Que va-t-il advenir de moi ?
»

Uberto,
La Serva Padrona

La gloire vient souvent à titre posthume, rarement le scandale. C’est pourtant ce qu’il advint à Giovanni Battista Pergolesi, mort de tuberculose en 1736, à juste vingt-six ans, dont la Serva Pardona déclencha les passions à sa création parisienne en 1752, alors que l’oeuvre triomphait en Italie depuis vingt ans. Qu’y avait-il donc là de si venimeux ? Rien dans cette plaisante histoire d’un vieux garçon qui veut se défaire de sa servante dont il ne supporte plus les caprices, qui cherche femme, même laide à condition qu’elle soit soumise, et qui finit par épouser, grâce à un stratagème de sa domestique, celle-là même qu’il voulait congédier. Rien, sinon que cette farce italienne bousculait la dignité dans laquelle se drapait l’opéra français et annonçait l’entrée en force de l’Opera Buffa sur les scènes parisiennes quelques années plus tard, malgré la Querelle des Bouffons qui, comme la plupart des résistances esthétiques, était une bataille perdue d’avance.

Ainsi que Marivaux, trente ans plus tôt, avait choqué en donnant aux Comédiens Italiens leurs lettres de noblesse, il avait donc suffi que des chanteurs ambulants, une troupe de bouffons dirigée par un certain Bambini, obtiennent de donner à l’Opéra des intermèdes de Pergolesi, dont la Serva Padrona, pour que les tenants de l'opéra tragique conçu par Lully, regroupés derrière Jean-Philippe Rameau, se sentent si menacés qu’ils s’en prirent aux partisans de la musique italienne, menés par Jean-Jacques Rousseau, dans cette invraisemblable Querelle des Bouffons où l’on se jeta des brochures à la tête et en vint parfois à l’épée. Même Louis XV et la reine s’en mêlèrent, chacun dans un camp.

Certes, Rousseau multiplia les arguments spécieux dans sa Lettre sur la musique française, mais il avait compris avant d’autres ce que cette nouvelle forme apporterait de réalisme, d’action et de fraîcheur à la scène lyrique, parce que, dans cet opéra, « tous les airs sont en situation et font partie des scènes ». Défendu malgré lui, le jeune Pergolesi, en faisant preuve d’invention mélodique, en tenant un discours musical toujours vif et léger, en humanisant ses personnages sans renier la commedia, avait ainsi ouvert une brèche dans un académisme trop sûr de lui, brèche dans laquelle s’engouffrèrent des compositeurs comme Cimarosa et Rossini pour en faire une voie royale.

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