- PARODIE -

Parodie de la tragédie lyrique Atys (1676) de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) d’après La Grand-Mère amoureuse de Fuzelier et d’Orneval (1726) et Atys travesti de Carolet (1736). Production créée au Teatru Manoel de La Valette pour le Valetta International Baroque Festival, le 14 janvier 2017.

Direction musicale, arrangements et adaptations Arnaud Marzorati
Conception et mise en scène
Jean-Philippe Desrousseaux
Décor
Antoine Fontaine et Edith Dufaux-Fontaine
Costumes Claire Planchez
Lumière François-Xavier Guinnepain

Pour les marionnettes
Castelet et sculpture Petr Řezač
Peinture et costumes Katia Řezačová
Conseillère théâtrale Françoise Rubellin

avec

Alain Buet, Cybèle
Marie Lenormand,
Marguerite
Arnaud Marzorati,
Lucas

Marionnettistes
Jean-Philippe Desrousseaux,

le marionnettiste Brioché
Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon,

ses deux serviteurs       
Ensemble La Clique des Lunaisiens
NN, violon
Massimo Moscardo, théorbe
Isabelle Saint-Yves, viole
Christophe Tellart, vielle à roue
Blandine Rannou, clavecin
Production centre de musique baroque de Versailles. Coproduction Teatru Manoel de La Valette (Malte). Les représentations nantaises sont présentées en partenariat avec Baroque en Scène.

 

 

NANTES LA CITé Salle 800

mardi 28, mercredi 29 novembre 2017 à 20h

ANGERS GRAND THÉÂTRE

vendredi 1er, samedi 2 décembre 2017 à 20h

 

 

 

Atys veut ne pouvoir aimer mais aime à contrecœur Sangaride qui souffre de l’aimer sans espoir. Elle n’en dit rien puisqu’elle va épouser Célénus, le puissant roi de Phrygie follement épris d’elle. Mariage somptueux présidé par la déesse Cybèle qui, divine faiblesse, est aussi amoureuse d’Atys. Cet amour qui circule de cœur en cœur, se cache et se confesse, est évidemment cause d’intrigues, de mortels dangers et devient sujet en or pour Atys, la tragédie en musique de Jean-Baptiste Lully. Mais que l’histoire s’exile à la campagne où le bel Atys se mue en Polichinelle, la douce Sangaride en souillon, Cybèle en grand-mère des dieux, et la tragédie vire au comique, devient Atys en folie.
Comme la caricature qui, forçant le trait, révèle les amusants travers des gloires qu’elle dessine, la parodie d’opéras, particulièrement en vogue à Paris au début du XVIIIe siècle, qu’elle soit jouée à la Comédie-Italienne ou dans les théâtres de la Foire, offrait à rire des grands succès lyriques. Ainsi Atys, créée en 1676 pour le plaisir de Louis XIV, connut huit parodies entre 1710 et 1738 qui réjouirent le peuple et même la cour. Reprenant les burlesques armes des parodies de l’époque, notamment les marionnettes, Atys en folie ne cultive pas la nostalgie d’un genre mais dévoile, avec science et drôlerie, sérieux et bouffonnerie, tout un pan méconnu de notre patrimoine culturel.
Comme pour La Guerre des théâtres, qui fut présenté en octobre 2016 par l’équipe de Arnaud Marzorati, Jean-Philippe Desrousseaux et La Clique des Lunaisiens — les mêmes qui sont aujourd’hui à l’œuvre dans cette production du centre de musique baroque de Versailles —, c’est à Françoise Rubellin, professeur à l’université de Nantes mais surtout directrice du centre d’études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne qu’elle a fondé en 1999, que l’on doit la riche matière documentaire de cet Atys en folie. Son ouvrage, Atys burlesque, paru aux Éditions espace 34 en 2011 et regroupant sept parodies de Atys (Arlequin Atys de Pontau, Atys de Piron, La Grand-mère amoureuse de Fuzelier et d’Orneval, en 1726, Atys travesti de Carolet en 1736, Cybèle amoureuse de Sticotti en 1738, Atys de Romagnesi et Riccoboni en 1738, Parodie d’Atys sur l’air de la béquille, un anonyme de 1780), en est même la source première.
Cet Atys burlesque n’est pourtant pas qu’œuvre d’érudition car, ainsi que l’écrit le metteur en scène Jean-Marie Villégier, « les parodies retrouvées et réunies par Françoise Rubellin témoignent de cette familiarité, de cette intimité partagée avec les héros du siècle de Louis XIV. D’une admiration tempérée par le ressassement. Un reste de tendresse s’y combine à la moquerie, hommage paradoxal s’il en est. » Cette patiente recherche a surtout révélé un véritable phénomène en dénombrant pas moins de 260 parodies pour le seul XVIIIe siècle. Mais le plus original dans la démarche de François Rubellin, depuis des années, reste cependant que sa fouille obstinée du terreau des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne ne cherche pas à satisfaire un pur plaisir livresque, il s’efforce de redonner aux parodies la place qui leur permet de revivre pleinement, cette scène pour laquelle elles ont été conçues. Avec la même exaltation que ces musiciens qui, dénichant une partition perdue ou inconnue, s’empressent de l’interpréter.
Dans ce que nous apprennent les travaux de Françoise Rubellin, il y a notamment comment les forains utilisèrent des marionnettes pour contrevenir à l’interdiction qui leur fut faite en 1722 par la Comédie-Française d’avoir des acteurs pour préserver son monopole. Et que ce n’était ni un pis-aller ni une distraction pour les enfants. Les textes de ces parodies à marionnettes étaient bien écrits, la réalisation de ces spectacles était soignée et le succès en fut considérable. Pour preuve, en février 1722, le Régent lui-même vint à la Foire Saint-Germain à deux heures du matin pour voir l’une de ces parodies pour marionnettes auxquelles rend joyeusement hommage Atys en folie.
     
 

 

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