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Opéra — en quatre tableaux.

Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après le roman de Henri Murger, Scènes de la vie de bohème, et de son adaptation théâtrale, La Vie de bohème. Créé 1er février 1896 au Teatro Regio de Turin.

Direction musicale Mark Shanahan
Mise en scène Stephen Langridge
décors Conor Murphy
Lumière Paul Keogan
chorégraphie Natalie Ayton

Avec
Grazia DoronzioMimi
Scott PiperRodolfo
Julie FuchsMusetta
Armando NogueraMarcello
Gordon BintnerColline
Igor GnidiiSchaunard
Erick FreulonBenoît
Eric VrainAlcindoro

Choeur d’Angers Nantes Opéra
— Direction Sandrine Abello —

Maîtrise de la Perverie
— Direction Gilles Gérard —

Orchestre National des Pays de la Loire

Production du Nationale Reisopera, créée à Enschede aux Pays-Bas, le 21 mai 2011.
[Opéra en italien avec surtitres en français]

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Angers / Le Quai

lundi 23, mercredi 25 avril 2012

Nantes / Cité des congrès

vendredi 4, dimanche 6 mai 2012

 

 

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

reserver

 

« Qui je suis ? Je suis poète.
Ce que je fais ? J’écris.
Et comment je vis ? Je vis !.... »

Rodolfo,, La Bohème

Comme le néoréalisme a permis le renouveau du cinéma italien d’après-guerre, le vérisme, version transalpine du naturalisme français, a su apporter un nouveau souffle à l’opéra italien de la fin d’un XIXe siècle partagé entre romantisme, symbolisme et naturalisme. Et c’est bien cette modernité que Giacomo Puccini recherche quand, pour La Bohème, il fait appel aux librettistes Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, tous deux issus de la Scapigliatura milanaise, une mouvance littéraire qui, depuis les années 1860, trouve en son existence pauvre et bohème le terreau d’un réalisme qui préfère les péripéties du quotidien aux tragédies antiques, le parler simple aux envolées lyriques, le sort des petites gens au destin des grandes familles. Leur collaboration, fructueuse, se poursuivra avec Tosca en 1900 et Madama Butterfly en 1904.
Pour autant, La Bohème n’a rien de ces drames sociaux qu’affectionnait le vérisme, ne s’insurge pas contre les injustices qui frappent les plus démunis, mais dépeint avec humour et tendresse un petit cercle d’artistes que Balzac définit si bien dans Un prince de la Bohème : « La Bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. L’espérance est sa religion. La foi en soi-même est son code. La charité passe pour être son budget ». Ces jeunes gens, cette vie de misère et d’ambition, Puccini les connaissait bien, il lui suffisait de relire son petit calepin, qu’il avait titré La Vie de bohème, et dans lequel il griffonnait en 1882 : « Ma chambre est très, très froide et il me faudrait un peu de feu. Je n’ai pas d’argent ».
Le secret de La Bohème, cette intense poésie qui nappe un quotidien qui pourrait être sinistre, cette extrême émotion qui s’empare avec douceur des amants aux instants les plus tragiques de leur histoire, cet amusement complice qui accompagne les personnages pour alléger leurs épreuves et absoudre leurs frasques, tient au regard que Puccini porte sur sa jeunesse. La mémoire a le don d’abraser les aspérités. L’oeuvre, ses airs poignants comme ses anecdotes pittoresques, cède à cette nostalgie du temps perdu.
Une nostalgie que devait partager Claude Debussy lorsque, au terme de presque dix ans passés dans le quartier Saint-Lazare en compagnie de sa petite « Gaby aux yeux verts », il écrivit à propos de cet opéra : « Je ne vois personne qui ait décrit le Paris de cette époque aussi bien que Puccini dans La Bohème ».

 

Sous les toits enneigés d’un Paris de la fin du XIXe siècle saisi par le froid, Rodolphe le poète, Marcel le peintre, Colline le philosophe et Schaunard le musicien partagent amitié et misère. Pourtant ils ne cèdent pas au désespoir, ni même à la mélancolie. Il y a trop à vivre, à fêter, aimer, pour se soucier de l’avenir. Aimer surtout, comme cette Mimi, brodeuse chétive surgie de nulle part, venant se lover dans les bras de Rodolphe. Comme cette Musette, renonçant au triste confort que lui offrait un vieux bourgeois pour revenir à la fantaisie de Marcel qu’elle avait quitté.
Nostalgique de ses débuts difficiles, Giacomo Puccini dépeint cette vie de bohème avec tendresse. De répliques courtes, piquantes, servies par une musique vive et légère, à l’émotion de ses duos amoureux dans lesquels il excelle, jusqu’au drame final où la passion se voile de larmes et l’amitié devient grave, le compositeur fait de La Bohème un hymneà l’insouciance de la jeunesse. Miséreux aux poches pleines de rêves, compagnons d’infortune à la dispendieuse générosité, viveurs au coeur tendre, ses artistes se brûlent au feu de l’instant. Avec une poignante sincérité.