Livret de Emmanuel Zungel d'après la pièce éponyme de Pierre Jean Félicien Mallefille.
Créé le 27 Mars 1874 au Théâtre Provisoire tchèque de Prague.
Direction musicale Mark Shanahan
mise en scène Jo Davies
décor et costumes Joanna Parker
lumière Simon Corder
vidéo Andrzej Goulding
Collaboratrice à la mise en scène
pour le chœur
Afra Waldhör
Avec
Lenka Macikova, Karolina Sophie Angebault, Anežka Ales Briscein, Ladislav Podhájský Ante Jerkunica, Mumlal Robin Tritschler, Toník Khatouna Gadelia, Lidunka
Choeur d’Angers Nantes Opéra Direction Sandrine Abello
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra,
en coproduction avec Le Grand T, scène conventionnée Loire-Atlantique.
[Opéra en tchèque avec surtitres en français]
En complicité avec le Grand T, scène conventionnée Loire-Atlantique, Angers Nantes Opéra propose à ses abonnés d'aller voir La Noce, d'Anton Tchekhov.
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L’une est veuve mais, dirigeant son domaine avec assurance,
n’entend pas renoncer à la vie. L’autre, sa cousine, préfère
se morfondre dans la douce et respectable mélancolie de
son deuil. Elle ne voit pas que la fougue des paysans, venus
joyeusement avec les moissons, ravive en elle l’espoir de
renaître, ni que le faux braconnier qui rôde près d’elle est un
amour de jeunesse qui la condamne, grâce à la tendre malice
de sa cousine, à l’amour et au bonheur qu’elle se refuse.
Mêlant avec subtilité nostalgie et badinages de la maturité,
Les Deux Veuves joue ainsi, à fleurets mouchetés, la comédie
douce amère d’un monde désuet qui veut croire en son avenir.
À ces élégantes pâmoisons, ces atermoiements amoureux,
répond la musique de Bedrich Smetana qui, plutôt que
d’épouser les pudiques mensonges et céder aux états d’âme
de ses personnages, préfère anticiper l’heureux dénouement
en mariant les voix avec une très émouvante délicatesse.
S’en dégagent un tel charme, une si exquise fraîcheur,
qu’il est étonnant que la scène lyrique française se soit si
longtemps privée de ce petit bijou. Un oubli aujourd’hui
réparé.
« Toi qui reposes tranquille dans ta tombe,
Regarde quel sacrifice je fais pour toi
En renonçant pour toujours à celui
Qui détient l’espoir de mon bonheur ! » Anežka, Les Deux Veuves
Difficile de dissocier la vie de Bedrich Smetana de celle de la Bohème où il naquit en 1824, de sa culture tchèque dont il fut l’un des plus ardents défenseurs. Le combat de l’écrivain Josef Jungmann contre la suprématie
de la langue germanique et, surtout, la mort en 1847 de cette personnalité emblématique de la Renaissance
nationale tchèque, jouèrent à l’évidence un rôle de révélateur chez le jeune Smetana. Reprenant à son
compte la conviction de Jungmann qu’une « nation ne vit que par sa langue », celui qui avait appris le violon
et le piano dès l’enfance, composait depuis l’âge de huit ans au risque de contrarier l’avenir d’économiste que
lui promettait son père, voulut que la nation tchèque pût vivre par sa musique.
À l’image de son modèle Franz Liszt qui, pianiste et compositeur star en Europe, avait fait de sa musique l’un
des symboles de la fierté artistique hongroise, Bedrich Smetana, engagé dès vingt-quatre ans dans le mouvement
nationaliste tchèque, voulut aussitôt être l’honneur d’une vie artistique vraiment nationale. Rompant
avec l’influence germanique, projetant une école de musique bousculant le conservatisme praguois, il écrivit
longuement ses ambitions à Liszt qui, acceptant d’être son parrain avant que d’être son confident, l’aida à fonder son école et à éditer un cycle pour piano, Six Morceaux caractéristiques.
Premier compositeur à puiser dans la culture authentiquement tchèque, que ce soit dans le folklore pour
sa musique ou dans les thèmes pour ses opéras — Les Brandebourgeois en Bohême, créé en 1866, fut le
premier opéra entièrement écrit en tchèque —, Smetana devint vite ce symbole qu’il rêvait d’être. Fondateur
d’une autre école afin de promouvoir la musique tchèque, artisan du Théâtre Provisoire qui préfigura le futur
théâtre national, nommé chef d'orchestre de l'Opéra de Prague en 1866, il influença profondément la vie musicale
des pays de Bohême et, aujourd’hui encore, Le Printemps de Prague ouvre son festival chaque année le
12 mai, date anniversaire de la mort de Smetana, par son Vltava.
Militant d’une identité tchèque inscrite dans la culture européenne plutôt que repliée sur son histoire, affaibli
par la syphilis qui le rendit sourd dix ans plus tard, malmené par une jeune garde musicale nationaliste et
ambitieuse qui, à défaut de mieux, lui reprochait son goût pour Wagner dont elle ne percevait pas le génie,
Smetana se réfugia dans une musique plus intime, plus mozartienne, qu’il affectionnait, en créant et dirigeant
Les Deux veuves en 1864. Le public praguois en fit un beau succès. Au grand dam de ses détracteurs.