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L'édito du directeur général

A quoi sert l’Opéra ? La question ne vient évidemment pas aux lèvres de ceux qui le fréquentent et l’apprécient. Souvent elle est posée par ceux qui ne le connaissent pas, ne veulent pas le connaître, le préfèrent ringard que d’avoir à l’accepter. Pourquoi le cacher ? Les maisons d’opéra, depuis plus d’un siècle, prêtent le flanc à la critique lorsqu’elles se vendent comme produit de luxe, préfèrent les connaisseurs aux néophytes, se considèrent comme la crème du spectacle vivant. Mais pourquoi ne pas le dire aussi ? Ceux des détracteurs de l’opéra qui brandissent un bon goût dont ils seraient les détenteurs et prônent une modernité qui doit renier son passé, agissent rarement pour la bonne cause, jamais naïvement. Derrière la querelle esthétique, se formulent des griefs moins nobles : « l’Opéra est une institution, l’Opéra coûte trop cher ». Et derrière ces griefs, le reproche à peine voilé d’une institution qui étoufferait les structures émergentes, la crainte que, en période de crise, l’argent dépensé pour l’art lyrique ne prive les autres de ressources.
Voyons autrement. L’Opéra, force de production, vivier d’artistes et d’artisans du spectacle vivant, est un ferment qui fait lever les initiatives, révèle les jeunes talents, donne du corps aux projets hésitants. En cela, il est emblématique d’une vie artistique dynamique capable d’être reconnue au niveau national et international. Plus qu’un prestige d’un autre temps, c’est bien ce que cherchent aujourd’hui les financeurs qui investissent dans une politique lyrique. D’ailleurs, regardons objectivement le monde, il n’y a pas de grandes métropoles sans maison d’opéra.
A quoi peut bien servir cet Opéra que nous défendons ? Je me pose malgré tout cette question chaque jour, convaincu qu’il ne suffit plus d’exister pour être légitime. Il faut donner du sens à son action. Le sens que nous donnons à notre existence tient en l’idée du service public, dans le choix d’associer au lieu d’opposer. Défendre l’art lyrique ne signifie pas s’y enfermer et nos collaborations quotidiennes avec d’autres institutions, d’autres partenaires culturels, des équipes venues d’autres disciplines, nous permettent de nous frotter à la vie des autres arts. Valoriser le patrimoine n’empêche en rien d’être créatif et il n’est pas plus désuet de présenter Mozart qu’il serait indécent de jouer Marivaux ou Shakespeare. D’autant que cette mission de mémoire fait bon ménage avec notre politique de création. Prôner la qualité des productions n’a rien d’élitiste, de trop coûteux, pour peu que cela s’accompagne d’une vraie politique de diffusion et d’action culturelle qui permette au plus grand nombre d’avoir accès aux oeuvres, et je tire autant de fierté du Tristan et Isolde démesuré que nous avons pu faire tenir sur nos scènes l’an passé que de la centaine de représentations du Pauvre Matelot que nous venons de donner dans les cafés et dans les établissements pénitentiaires de la région.
Economiquement, nous restons une petite maison d’opéra, souvent en souffrance. Isolés, nous serions perdus. Avec vous, nous savons réaliser de grandes choses. La programmation de cette saison n’a pas valeur de symbole. Souvent joyeuse, parfois nostalgique ou tragique, elle ne manque pourtant pas de vigueur. Celle d’un art lyrique qui ne demande qu’à vivre.


Jean-Paul Davois
Directeur général


 

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