Un Bal masqué en 5 anecdotes

1/ Une histoire vraie
L’histoire du Bal masqué de Verdi est inspirée d’un événement qui a véritablement marqué l’Europe à la fin du XVIIIe siècle : l’assassinat du roi Gustave III de Suède en plein bal masqué. C’est lors d’une grande fête organisée peu de temps après la Révolution Française, le 16 mars 1792, que l’action se produit. Un homme, Johan Jacob Anckarström, ancien officier de la Garde Royale accusé de diffamation contre le roi quelques mois auparavant mais laissé en liberté, pense tenir là sa revanche tout en faisant les affaires de l’aristocratie suédoise. En effet, le souverain, bien que fortement progressiste, ne s’était pas fait que des amis dans son pays. Pourtant alerté qu’un complot se fomentait contre lui, Gustave III n’en prit guère ombrage et se rendit au bal. C’est alors que Johan, accompagné d’un petit groupe d’hommes masqués, s’avance dans la foule jusqu’à atteindre le roi et lui tire une balle en pleine poitrine. Digne d’un roman…

 

2/ Un goût de censure
Lorsque, en 1857, Verdi négocie un contrat avec le théâtre San Carlo de Naples, il finit par proposer l’histoire de Gustave III, découverte notamment grâce à l’opéra du compositeur Auber, Gustave III ou le Bal Masqué en 1833. Mais l’assassinat d’une personne royale sur scène n’est pas du goût des autorités dans une Italie encore en pleine tourmente politique. Verdi doit donc absolument revoir son sujet et propose en janvier 1858 une nouvelle version appelée « Una vendetta in domino » qui n’aboutira jamais. Sentant l’affaire s’éterniser, Verdi décide d’attaquer le théâtre San Carlo en procès pour non-respect du contrat, obtient gain de cause et se retrouve ainsi libéré de ses obligations. Il trouve preneur du côté du Teatro Appollo de Rome où la censure se fait plus « supportable ». La première est donnée le 17 février 1859 avec un succès triomphal. Verdi dira par la suite qu’il se sentait « épuisé » au point qu’il pensait « en avoir fini avec le théâtre après ça. » Vous imaginez ?

 

3/ Un librettiste lui aussi “masqué”
Avant même que le travail autour du Bal masqué ne commence, c’est déjà avec Antonio Somma, dramaturge et ami, que Verdi commence de travailler. Lorsque Verdi lui glisse l’idée du « bal masqué », ce dernier accepte mais à une condition : que son travail reste anonyme. Quelques années plus tôt, Somma avait en effet pris une part active dans la rébellion contre les Autrichiens à Venise et il était étroitement surveillé par la police depuis. « Je souhaite demeurer anonyme pour ce travail, ou bien le signer d’un pseudonyme. J’écrirai ainsi avec plus de liberté ». On comprend aisément en quoi l’écriture d’un livret mettant en scène un régicide pouvait lui être préjudiciable…

 

4/ Chanter Verdi, c’est « éprouvant » !
Dans Un bal masqué, opéra innovant et véritable « drame musical », Verdi décide d’en finir avec la tradition des « personnages principaux accompagnés d’une multitude de personnages secondaires ». Désormais, l’action se resserre autour de cinq personnages qui chantent sur un même pied d’égalité, mais avec une exigence vocale jusqu’alors inégalée chez le compositeur... Quelle ne fût pas la difficulté non seulement pour Verdi de trouver des chanteurs de cette trempe mais aussi pour les artistes d’interpréter les rôles de l’opéra. Malgré l’accueil chaleureux du public romain, la série de représentations prévue tourne court en raison des malaises de plusieurs chanteurs ! Coïncidence ? On vous laisse juger…

 

5/ Le « Tristan et Isolde » de Verdi ?
Poème tragique et tourbillonnant d’un amour impossible, l’histoire du Bal masqué n’est pas sans évoquer l’opéra de Richard Wagner, Tristan et Isolde, créé en 1865. Le principal point commun ? Un drame musical avec en point culminant, une grande scène d’amour des plus déchirantes : à celle de Ricardo et Amelia dans le second acte du Bal masqué fait écho le duo d’amour de Tristan et Isolde, où plus de 45 minutes ininterrompues voient les deux amants se déclarer leur flamme.