Cendrillon en 5 anecdotes

Il y a beaucoup de choses à dire sur "Cendrillon"...

Alors pour satisfaire votre curiosité, on vous a concocté 5 des meilleures anecdotes autour de l'œuvre. 

 

1-  Quand le coeur s’en mêle...

Emma Calvé, immense soprano connue notamment pour le rôle-titre de Carmen et fidèle interprète des héroïnes chez Massenet jusqu’alors, était plus que pressentie pour le rôle de Cendrillon. Elle était qui plus est la femme d’Henri Cain, ami de Massenet et librettiste de nombre de ses pièces lyriques, dont Cendrillon. Mais ce dernier allait tomber amoureux d’une autre chanteuse, Julia Giraudon, de vingt-cinq ans sa cadette, et qui venait de chanter la version française de La bohème. Ce petit revirement sentimental allait bien évidemment avoir un impact sur la distribution des rôles pour Cendrillon puisque c’est finalement la jeune chanteuse qui aura le privilège d’incarner l’héroïne...

 

2/ Des coupures ? Jamais !

C’est Albert Carré qui avait programmé la création de Cendrillon et l’avait mise en scène. Dans ses mémoires, l’heureux directeur de l’Opéra-Comique ne tarit pas d’éloges sur le sens dramatique du compositeur et affirme qu’il n’eut jamais à lui demander d’ajouter ou de retrancher une note à sa partition pour des raisons théâtrales. La réalité est plus nuancée. On sait par exemple qu’Albert Carré dissuada Massenet de conserver le prélude qu’il avait envisagé, prélude dans lequel les personnages venaient se présenter comme dans le théâtre de marionnettes. À Angers et à Nantes, en tout cas, Cendrillon est représentée sans la moindre coupure !

 

3/ Fini le tutu !

Une chorégraphie contemporaine pour Cendrillon ? Mais bien sûr, et Angers Nantes Opéra se réjouit d’avoir provoqué la rencontre entre le metteur en scène Ezio Toffolutti et la chorégraphe Ambra Senatore, qui dirige le Centre Chorégraphique National de Nantes et signe donc toutes les danses de Cendrillon. Tout cela en parfaite harmonie avec le souhait de Massenet qui avait expressément demandé à Madame Mariquita, la directrice du Ballet de l’Opéra-Comique, de bannir le tutu dans les scènes féériques de l’ouvrage. Cendrillon est ainsi l’un des premiers opéras français où la danse s’est affranchie des codes académiques. Il était important de prolonger, avec Ambra Senatore aux commandes, cette modernité assumée.

 

4/ Le mystérieux illustrateur de l’affiche de Cendrillon

Le dessin de la très belle affiche annonçant les représentations de Cendrillon à l’Opéra-Comique est aussi celui qui orne, aujourd’hui encore, les partitions des Éditions Heugel. L’unique signature, Devambez, a pu faire croire que le graveur du même nom reproduisait là un original de son fils Henri, peintre et lithographe renommé. En fait, Henri Devambez n’a jamais peint dans ce genre « art nouveau », qui commençait à supplanter le symbolisme des décennies antérieures. On attribue plutôt cette élégante et sinueuse composition, avec sa petite galerie de pantoufles sur coussin, à un autre illustrateur de l’époque, Georges Bertrand. Mais rien n’est venu pour l’instant étayer cette hypothèse.

 

5/ Un accueil contrasté à Nantes

Cendrillon n’est pas une première à Nantes. L’opéra féérique de Massenet y fut donné dès le mois de décembre 1900, moins de deux ans après la création parisienne. Les journalistes devaient lui réserver un accueil plutôt frais, à l’image de celui de L’Ouest-Artiste, qui ne voit dans l’ouvrage que « le néant complet absolu ». On peut en être surpris quand on sait que dix-sept représentations vont être données jusqu’à la fin de la saison. Un vrai succès public, donc, que le très respectable Étienne Destranges, rédacteur en chef de Nantes Lyrique regarde d’un peu haut : « aux représentations de cette œuvre industrielle, il était fort curieux d’examiner le public bizarre qui remplissait la salle, braves suburbains accourus de Trentemoult, de Couëron ou de Basse-Indre… » Il y aura toujours en France des critiques que le vrai succès populaire indispose.