- Dramma giocoso - en deux ACTES.

Livret de Lorenzo da Ponte.
Créé au Théâtre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

Direction musicale Mark Shanahan
Mise en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser
Décor Christian Fenouillat
Costumes Agostino Cavalca
Lumière Christophe Forey

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

 

Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en italien avec surtitres en français] 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NANTES THÉÂTRE GRASLIN

vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

 

ANGERS GRAND THÉÂTRE

mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 2016

 

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

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Compulsant ses ultimes aventures avec la frénésie de ceux qui sentent leur vie bientôt s’éteindre, Don Juan traverse ses dernières heures en ténébreux séducteur dont le fascinant mystère ne suffit plus à masquer le cynisme. Il est trop tard pour le fidèle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naïve Zerline, Don Juan n’est déjà plus de ce monde. Décadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompés, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse à la roulette du désespoir, défie encore l’ici et l’au-delà. Et croque la mort à belles dents.
La tragédie s’abat sur Don Giovanni dès les premières notes. Mozart, tout en puissance lyrique, ne fait ainsi qu’augurer son infernal dénouement mais rien ne viendra effacer la persistance de l’effroi qu’il vient de provoquer. Pas même l’enivrante succession de scènes de haine et d’amour, de badinage et de méditation, d’action et de cocasserie, habilement écrites par le fidèle librettiste Lorenzo da Ponte. Dans cette insidieuse noirceur musicale l’émotion est à son comble, la comédie fend le cœur, les airs ont la transparence du cristal et l’épilogue éblouit comme une rédemption. 
Qu’importe qu’il ait ou non existé, Don Juan est né de sa légende, a grandi sous la plume des écrivains, s’est magnifié à la scène. Comme tous les séducteurs, on se le dispute, on se l’emprunte, on se l’approprie. Depuis le XVIIe siècle le public en raffole, aime son insolente audace et plus encore qu’il en soit puni. Molière lui-même, pris de court par l’interdiction de son Tartuffe sous la pression des dévots, s’empressa d’en faire sa propre version en février 1665. Il s’inspira bien plus du Festin de pierre joué par les comédiens italiens dont il enviait le succès, saison après saison, qu’il ne puisa dans la légende qu’avait transcrite en 1630 l’Espagnol Tirso de Molina sous le titre de L’Abuseur de Séville et l’Invité de pierre. Sans prendre le temps de versifier, enfilant des scènes à peu de personnages, rapetassant des actions disparates, Molière connut un bref succès avec cette pièce de substitution, vite tombée dans l’oubli mais renaissant parmi les chefs d’œuvre au milieu du XXe siècle, grâce à Louis Jouvet puis Jean Vilar.
 
Car cette « imperfection » de la pièce de Molière est aussi, fragile, ce qui la rend si singulière, si attachante, comme son Don Juan, empêtré dans une histoire à rire et à pleurer, n’en devient que plus impénétrable. Les génies se retrouvent et Mozart, plus d’un siècle après la pièce de Molière qu’il n’a sans doute pas lue, redécouvre sublime matière à son Don Giovanni en ce déchirement des genres. Lorenzo da Ponte, empruntant plus qu’il ne l’a avoué au livret de Giovanni Bertali pour le Don Giovanni, o sia Il convivato di pietra composé par Giuseppe Gazzaniga en 1786, espérait tirer l’intrigue vers le comique, un opera buffa. Mozart, sans pour autant bouder la légèreté foisonnante de la comédie, gardait de l’opera seria le goût d’un tragique épuré et virtuose. Au final, ce fut un dramma giocoso, ce « drame joyeux » qui semble concilier les contraires mais dont la gravité lancinante de la musique de Mozart fait vite oublier la veine burlesque que da Ponte admirait dans les drammi giocosi écrits par Carlo Goldoni depuis 1748.
Ce qui plut tant au public praguois qui fit un triomphe à la création de son Don Giovanni en 1787, et déconcerta, quelques mois plus tard, le conservateur public viennois, tient en cette incertitude des styles que Mozart a ciselée avec génie. Il accentue les contrastes, passe abruptement du comique au tragique, habille ses personnages de genres et d’époques qui leur ressemblent, comme Elvire se drapant encore d’opera seria ou Leporello caracolant déjà en opera buffa. Mais loin aujourd’hui de nous en sembler dépareillé, son Don Giovanni aux mille facettes de diamant n’en brille que plus intensément.
 
     
 

 

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