- Opéra comique - d’après La Matrone d’Éphèse (1714) de Louis Fuzelier (1672-1752).

Musiques de Jean-Joseph Mouret, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jean-Baptiste Lully, Louis-Nicolas Clérambault. Créé à l’Opéra Comique de Paris, le 8 avril 2015.

Mise en scène Jean-Philippe Desrousseaux
Direction artistique Arnaud Marzorati
Lumière François-Xavier Guinnepain
Conseillère théâtrale Françoise Rubellin

avec

Sandrine Buendia, Colombine, L’Opéra
Bruno Coulon, Arlequin
Jean-Philippe Desrousseaux, La Comédie-Française, Polichinelle
Jean-François Lombard, La Matrone d’Éphèse
Arnaud Marzorati, Pierrot, Un Exempt             
Ensemble La Clique des Lunaisiens
Mélanie Flahaut, flûte, basson ; Isabelle Saint-Yves, viole de gambe, dessus de viole ; Massimo Moscardo, luth ; Blandine Rannou, clavecin
Décor historique du Théâtre de la Reine — Château de Versailles.
Costumes du Centre de musique baroque de Versailles et de l’atelier de costumes d’Angers Nantes Opéra.
Marionnettes créées par Petr Řezač et Katia Řezacová.
Production Les Lunaisiens. Coproduction Opéra Comique, Centre de musique baroque de Versailles.
Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles Nord Pas de Calais — Picardie.

[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

 

NANTES THÉÂTRE GRASLIN

vendredi 30 septembre, dimanche 2, mardi 4, mercredi 5, vendredi 7 octobre 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE

mercredi 12, jeudi 13, vendredi 14 octobre 2016

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

 

 

En ce début de XVIIIe siècle, il ne fait pas bon présenter La Matrone d’Éphèse de Louis Fuzelier aux théâtres des foires Saint-Germain ou Saint-Laurent ! Ce n’est pourtant pas bien méchant cette histoire, cette veuve qui veut mourir en larmes auprès de son défunt avec sa suivante Colombine. Bien sûr, c’est un peu triste pour Pierrot qui se languit de Colombine mais à pleurer de rire dès qu’Arlequin s’en mêle, contre récompense, pour sauver les jeunes éperdus. Et à croquer quand la matrone finit par s’éprendre de ce diable d’Arlequin. Mais verra-t-on le dénouement si la Comédie-Française et l’Opéra font valoir monopole et privilège pour interdire la représentation ?
Cet improbable spectacle de tréteaux n’est pas qu’un simple divertissement imaginé par Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati, il retrace, avec brio et drôlerie, la véritable guerre que la Comédie-Française et l’Opéra, en mal de public et de recettes, menèrent contre le théâtre des foires. On y découvre, réjoui, les mille et une ruses dont usèrent les acteurs forains taquins pour braver les absurdes interdits et comment de la contrainte finit par naître l’opéra-comique.
Derrière La Guerre des théâtres se cache l’érudition enjouée et passionnée de l’universitaire nantaise Françoise Rubellin qui, depuis des années, œuvre à la connaissance et la reconnaissance des théâtres de la Foire, notamment au travers du Centre d’études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne qu’elle a fondé en 1999. Son opiniâtre travail de chercheuse a permis d’exhumer nombre de textes et partitions nés sur la scène française mais disparus des mémoires. Ainsi, un collectif qu’elle a dirigé a-t-il publié en 2005 un précieux ouvrage, Théâtre de la foire, anthologie de pièces inédites 1712-1736, dans lequel on retrouve entre autres La Matrone d’Éphèse, écrit en 1714 par Louis Fuzelier, prolifique auteur des théâtres de la Foire qui fut aussi le librettiste de Jean-Philippe Rameau pour Les Indes galantes.
Le sérieux de l’entreprise a non seulement incité l’Opéra Comique de Paris à commander cette Guerre des théâtres pour fêter son tricentenaire mais a aussi permis au Centre d’études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne de bénéficier, de 2015 à 2018, d’un second programme de l’agence nationale de la recherche — le premier s’est intéressé, de 2009 à 2012, aux parodies d’opéra — avec, comme lourde perspective, le soin de brasser pas loin de 30 000 pages de registres, archives et pièces inédites ! Cette tâche titanesque entend bien « réévaluer un patrimoine théâtral souvent jugé inférieur à celui des deux grands théâtres détenteurs d’un privilège royal, l’Opéra et la Comédie-Française ».
Ce qui est fascinant dans La Guerre des théâtres, pour le spectateur de notre temps, ce n’est pas tant de voir cette « guerre » insoupçonnée se dérouler devant lui ainsi qu’une habile reconstitution historique, mais de constater que le Théâtre-Italien et les théâtres forains, que l’on qualifierait aujourd’hui d’alternatifs, ne peuvent, avec leurs lazzi, pantomimes et participations du public, s’écrire et se décrire pleinement, actuellement encore, que dans l’espace éphémère de la représentation.
C’est l’une des vertus de ce spectacle que de savoir jouer ce qui ne peut s’écrire et de prouver, s’il en était besoin, que ces arts de tréteaux et de rue, religieusement préservés par certaines troupes ou finalement intégrés, voire pillés, par leurs anciens détracteurs, ont grandement participé à l’histoire du spectacle vivant. Quitte à ce que certains s’exclament comme la Comédie-Française dans La Guerre des théâtres : « Je déteste ce succès, j’exècre ce bonheur. On vous interdit de parler, on vous interdit de chanter... et vous occupez toujours la scène ! Grands dieux ! Cette Foire est née pour mon désespoir ! »
     
 

 

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