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« C’est avec ces dames qu’Oreste
Fait danser l’argent à Papa
Papa s’en fiche bien au reste
Car c’est la Grèce qui paiera. »
Oreste, la Belle Hélène
C’est bien connu, les moeurs des dieux de l’Olympe étaient bien légères ! Et Jacques Offenbach, coquin subtil, bouscule mortels et déesses
comme un chien dans un jeu de quilles. Il visite la mythologie en deux temps trois mouvements, Agamemnon, Achille, Ajax, Oreste sont de la
partie, Vénus s’entremet, Pâris se pâme pour Hélène qui rêve d’être aussi enlevée que la musique. Saillies saisissantes, choeurs endiablés, les
airs restent en tête, les jambes ont des fourmis. Plus c’est marrant et plus c’est méchant, plus c’est leste et plus c’est peste, et Offenbach, en
titillant les Cieux, fait un pied de nez à la haute société prude et hypocrite du Second Empire.
Les dieux antiques sont morts, hélas, mais Mariame Clément, dans sa séduisante mise en scène pour l’Opéra National du Rhin, a su trouver du
côté d’Hollywood notre Olympe contemporain. Que du plaisir !
Venu de Cologne avec son père Jacob, musicien chantre de synagogue, Jacques Offenbach a quatorze ans à son arrivée à Paris. Un monde difficile,
hostile, qui voudrait le cantonner au rôle de violoncelliste virtuose mais dont il se joue en s’offrant le théâtre des Bouffes-Parisiens en 1855 pour
lequel il écrit une trentaine d’oeuvres en un acte avant de triompher fin 1858 avec Orphée aux Enfers, joué 227 fois d’affilée. Devenu très à la mode,
son succès agace, son évidente facilité d’écriture aussi, sa façon joyeuse et iconoclaste de s’emparer de la mythologie plus encore. Les Bouffes-
Parisiens le ruinent ? Il se refait à Vienne, récidive au Théâtre des Variétés en 1864 avec sa Belle Hélène. Le passage discret de la censure ne suffit
pas à rendre convenable une oeuvre dans laquelle on peut entendre Hélène joliment soupirer « Il nous faut de l’amour, n’en fût-il plus au monde »
ou, faussement désolée, « Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader la vertu ? ». Le Beau Monde feint de s’offusquer mais le
triomphe vient vite, les vers les plus savoureux passent dans le langage courant. La critique n’en démord pourtant pas — pour certains non sans une
pointe de xénophobie, et assassine ce compositeur moins pour son audace immorale que pour la façon dont il s’attaque aux « valeurs » de l’art
antique et dont il s’amuse, selon Paul de Saint-Victor, « à railler le Beau et à huer le Sublime ».
On a beaucoup reproché à Offenbach mais on lui a énormément emprunté. En quelques années, il a imposé l’idée moderne que le beau n’est pas
forcément sévère, permettant ainsi à un Jules Lemaître éclairé de conclure, en 1886, par cette reconnaissance sans partage de l’oeuvre : « C’est
qu’elle est exquise, cette musique si fine, si légère, si élégante dans ses caprices les plus hardis ».
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