LA MESSE EN UT MINEUR

Ils ont terminé la Messe inachevée de Mozart !
Gildas Pungier a commandé à Eric Tanguy un Agnus Dei qui conclura ce concert entièrement consacré au divin Wolfgang, avec soli, voix mixtes et instruments à vent.

Étrange destin que celui de cette Grande Messe en ut mineur de Mozart. Écrite en 1782 et considérée comme l’une des œuvres majeures du compositeur, elle est pourtant inachevée. Il est vrai que, ayant quitté Salzbourg pour Vienne, Mozart consacrait dans le même temps toute son énergie à la composition de son opéra L’Enlèvement au sérail. On retrouve donc la même situation qu’en 1791 entre La Flûte enchantée et le Requiem, lui aussi inachevé.

L’essor des instruments à vent à la fin du XVIIIe siècle, l’amour de Mozart pour la clarinette l’incitent par ailleurs à transcrire son opéra pour une formation qui s’émancipe du reste de l’orchestre : l’octuor à vents (2 hautbois, 2 clarinettes,2 bassons, 2 cors). Ces transcriptions deviendront très en vogue à cette époque, permettant aux grandes œuvres de voyager aisément grâce à un effectif plus réduit, révélant de nouvelles couleurs et sonorités.

Gildas Pungier nous propose ici une transcription de cette Messe en ut de Mozart pour cette formation chère au compositeur. Eric Tanguy composera l’Agnus Dei, achevant ainsi l’œuvre. Le Chœur de chambre Mélisme(s) retrouve ici ses partenaires de l’ensemble A Venti, tous issus des meilleures phalanges françaises sur instruments anciens. Et bien sûr ses artistes du Chœur de chambre Mélisme(s), en résidence à l’Opéra de Rennes.

Distribution

NOUVELLE VERSION TRANSCRITE PAR GILDAS PUNGIER POUR OCTUOR À VENT

AGNUS DEI PAR ERIC TANGUY

 - Création Mondiale - 

Violaine Le Chenadec, soprano 
Harmonie Deschamps, soprano 
Matthieu Chapuis, ténor 
Jean-Christophe Lanièce, baryton 

 

Choeur de chambre Mélisme(s), 
Ensemble A Venti - Direction, Jean-Marc Philippe 

Organiste - Didier Adeux

Direction musicale, Gildas Pungier 

Réserver vos places

Nantes
fév
vendredi 8
20:00 Nantes

Autour du spectacle

Gildas Pungier, à propos de la Messe en Ut mineur : « Tout Mozart est là... »

 

 

Avec la Grande Messe en ut mineur, le Chœur Mélisme(s)/Opéra de Rennes et Angers Nantes Opéra proposent l'une des pages majeures de Mozart, un chef d'œuvre inachevé qui fait entendre tout le génie du compositeur. Influencée par l'art de Jean-Sébastien Bach, elle préfigure le Requiem, lui aussi inachevé. Rencontre avec le chef Gildas Pungier pendant les répétitions.

 

Est-ce la première fois que Mélisme(s) interprète la grande Messe ? Que représente cette page pour vous ?

 

Gildas Pungier : Nous l'avons déjà donnée en 2013 pour le concert de notre 10e anniversaire dans sa version avec orchestre « complet ». Pour moi elle fait partie des œuvres avec lesquelles je « chemine ». Reprendre des pièces que l'on a déjà eu l'occasion de faire est toujours une source de joie ! Elles nous « parlent » différemment, elles se révèlent plus profondément. L'interaction subtile entre une œuvre et ses interprètes est un puits sans fond, d'une richesse infinie... Les premières mesures du Kyrie ne m'ont jamais quitté depuis la 1ère fois où je les ai entendues, et je peux les chanter en boucle pendant des heures, à la recherche de leur équilibre si subtil : le drame de cet arpège descendant en ut mineur qui se heurte à la subtilité de la lumière qui renaît timidement dans les couleurs de l'harmonie. Et c'est cette lumière qui grandira et jaillira tout au long de la pièce ! Tout Mozart est là... et c'est très rare qu'une « introduction » soit si immédiatement au cœur de l'action et du propos. On peut même imaginer que si ces seules premières mesures nous étaient parvenues on aurait tout de même un chef d'œuvre ! Et pourtant ce n'est que le début, et le reste n'est évidemment pas superflu, et amplifie le propos !

 

Vous avez fait un travail de transcription de cette Messe pour octuor à vent. Comment rester fidèle à Mozart tout en réduisant la partition ? Comment se sentir légitime pour revisiter un tel chef d'œuvre ?

 

GP : On ne peut évidemment pas se sentir légitime, donc on évite de trop y penser ! Cette question sans réponse mise de côté, plusieurs éléments apparaissent : tout d'abord Mozart lui-même a transcrit -ou fait transcrire- ses opéras pour cette formation, à une époque qui voit l'émancipation des instruments à vents, où la clarinette -qui est mon instrument de base- apparaît, et où cette formation d'octuor va être comme la radio avant l'heure en permettant aux œuvres de voyager un peu partout. Cela nous remet aussi face à la question du processus de création : les œuvres du passé ne sont pas seulement des monuments figés pour l'éternité mais faites « de chair » et d'humanité : celles des compositeurs bien sûr, mais aussi celles des interprètes sans lesquels la musique n'existe pas. C'est une incarnation qui fait partie de notre art. Donc toute interprétation, au même titre que la transcription, a sa part de subjectivité dans le cadre stylistique qui est le sien. Dès lors, ce travail de transcription devient passionnant, revivifiant même, surtout pour un chef dont la majorité de l'activité consiste à encadrer des groupes. La solitude face à la partition et à sa transformation est très nourrissante. Bien sûr, on ne peut pas se mettre totalement à la place de Mozart ! Qu'aurait-il fait à tel endroit pour résoudre tel problème ? C'est impossible ! De même, oublier l'évolution de l'orchestration depuis le XVIIIe siècle -notamment au XXe- est inenvisageable. Les questions surgissent, nombreuses. Où sont les limites ? Faut-il figer les choses dans l'idée qu'on se fait de l'instrumentation du XVIIIe ou bien parfois faire reculer un peu les limites, comme si Mozart lui-même avait été novateur ? À chaque instant des questions de ce type se posent, et il faut trancher et y répondre rapidement… et subjectivement...  C'est un vrai processus de création ! Passionnant...

 

Quelles sont pour le Chœur les difficultés de cette partition ?

 

GP : Mozart est simple !... et c'est ce qui le rend compliqué... L'alliance subtile de la simplicité de l'enfant qu'il était pendant toute sa vie à la sagesse du vieillard qu'il n'a jamais été. Cela demande à ses interprètes comme une sorte de « dépouillement » intérieur, et c'est cela qui est parfois difficile à trouver. Difficile de tricher... Lorsque je prépare des chœurs d'opéras de Mozart, j'ai l'habitude de dire que c'est zéro ou vingt, il n'y a pas de note intermédiaire ! En l'occurrence, dans cette version « chambriste » de la messe en ut avec des effectifs assez réduits, l'implication de chaque chanteur est indispensable. C'est aussi cela qui me plaît, dans le rapport de l'individu au groupe, qui est l'un des axes important de mon travail avec les chœurs en général et avec Mélisme(s) en particulier. Et puis dans cette partition, Mozart offre au chœur plusieurs configurations : 4 voix bien sûr, mais aussi parfois 5 et même certaines pièces en double chœur. L'influence de Bach étant palpable, on a également à la fois l'unité stylistique de Mozart, mais dans une diversité d'influences tout à fait réjouissante !

 

La Messe étant inachevée, elle est complétée à l’occasion de ce concert par l'Agnus Dei d'Éric Tanguy. Quel lien existe-t-il entre ces 2 œuvres ?

 

GP : Une fois passé le regret que cette grande œuvre soit inachevée, on la regarde différemment. Dans le fond, j'aime assez l'idée de ces bribes de musique qui nous parviennent, un peu comme des lambeaux. Chaque numéro devient une sorte de personnage dont certains sont aboutis totalement, d'autres non, finalement en mouvement comme un échantillon d'humanité. Le Credo est très inachevé, se réduisant à deux mouvements -dont le sublime « Et incarnatus est »-, et l'idée m'est venue de solliciter un compositeur pour l'Agnus Dei, dernier numéro d'une messe. Nous sommes particulièrement heureux et honorés qu'Éric Tanguy ait accepté cette demande. Il a écrit cet Agnus Dei spécialement pour nous, et dans le cadre que je lui avais indiqué de « clôture » de cette messe. Je connais son lien affectif avec Mozart, et il nous propose une pièce personnelle mais illuminée par l’œuvre de son illustre prédécesseur. Il m'a proposé d'écrire pour soprano solo et chœur a cappella, et j'ai trouvé l'idée très belle : que cette Messe en Ut puisse s'achever par les voix seules dans le mystère du silence...

 

N'aurait-il pas été préférable de la chanter dans l'acoustique d'une église plutôt que dans celle d'un théâtre ?

 

GP : Elle est évidemment prévue pour une église, mais les questions d'acoustique peuvent parfois être plus subtiles : certaines églises sont de fausses amies, trop de réverbération, on perd les détails.

L'Opéra de Rennes est une salle à dimensions « raisonnables », l'acoustique est équilibrée, et nous la connaissons bien !

Et puis, de manière plus générale, chez Mozart -comme chez d'autres compositeurs-, la frontière entre musique sacrée et opéra est très mince ! L'Agnus Dei de la Messe du Couronnement et l'air de la Comtesse dans Les Noces de Figaro sont écrits sur la même musique. De même dans la Messe en ut, le Laudamus te par exemple est écrit comme un véritable air d'opéra.

 

Mélisme(s) est à la fois un Chœur chambriste et un Chœur d'Opéra. Comment ces 2 activités se complètent-elles et enrichissent-elles le parcours des chanteurs et le vôtre ?

 

GP : L'espace et le mouvement sont deux composantes essentielles en musique. L'activité de chœur de chambre permet un approfondissement du travail musical dans une recherche permanente d'écoute et d'équilibre entre l'individu et le groupe. Le travail de scène permet cette libération dans l'espace, et cette appropriation d'un personnage. Les chanteurs de Mélisme(s) arrivent en scène avec cette exigence musicale, et conservent au concert la mémoire du mouvement scénique. Pour moi comme pour eux, il y a là un équilibre tout à fait évident et enrichissant.

 

Propos recueillis par Matthieu Rietzler