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Opéra en deux actes Livret de Ronald Duncan d’après la pièce éponyme (1931) d’André Obey.
Créé au Glyndebourne Opera Festival, le 12 juillet 1946.
Direction musicale Mark Shanahan
Mise en scène Carlos Wagner
Décor et costumes Conor Murphy
Lumière Peter Van Praet
[Opéra en anglais avec surtitres en français]
avec
Delphine Galou, Lucrèce
Benedict Nelson, Tarquinius
Jean Teitgen, Collatinus
Armando Noguera, Junius
Svetlana Lifar, Bianca
Katherine Manley, Lucia
Robert Murray, Le Choeur masculin
Judith Van Wanroij, Le Choeur féminin
Ensemble Da Camera
Production originale Flanders Operastudio, mai 2000.
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NANTES / Théâtre GRASLIN
vendredi 14, dimanche 16, mardi 18, jeudi 20, samedi 22 janvier 2011
ANGErS / GRAND Théâtre
vendredi 28, dimanche 30 janvier, mardi 1er février 2011
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30
 
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Au sortir de la seconde guerre mondiale, le compositeur Benjamin Britten et le poète Ronald
Duncan, tous deux pacifistes engagés, s’emparent de l’histoire latine de Lucrèce qui, en refusant
de survivre au déshonneur d’avoir été violée par l’occupant, devient le symbole et la conscience
d’une population romaine jusque-là asservie aux caprices d’un dictateur étrusque. Empruntant
à la tragédie antique son implacable déroulement, ils font de Lucrèce un symbole de la résistance
qui, comme Antigone, parvient à confondre son destin personnel et celui de son peuple.
La musique de Benjamin Britten, tranchante et sans fioriture, renoue avec l’épurement de l’opéra
des XVIIe et XVIIIe siècles pour mieux éclairer les subtils méandres de cette tragédie que les héros,
égarés dans leur destin, portent en eux avant même de la vivre.
Le Viol de Lucrèce, fait historique bien réel, est resté célèbre parce que les arts ont façonné sa légende. Tite-Live en parle dans son Histoire de Rome, Ovide y revient dans ses Fastes et Shakespeare consacre un long texte poétique à The Rape of Lucretia dans lequel les thèmes qu’il affectionne, celui de la solitude et de la violence du
pouvoir, celui de la convoitise et de la trahison, atteignent
le lyrisme de ses tragédies. La situation dramatique, celle
d’une femme pure victime de la brutalité d’un homme,
allégorique — la vertu outragée -, était aussi un sujet idéal
pour des peintres comme Botticelli, Véronèse ou Le Titien.
Ayant choisi de s’exiler aux Etats-Unis de 1939 à 1942,
puis d’obtenir le statut d’objecteur de conscience dès son
retour au Royaume-Uni, Benjamin Britten semblait vouloir tenir la guerre à distance pour n’avoir d’autre combat que
celui de la musique. A preuve, la création de son Peter Grimes le 7 juin 1945 à Londres, un opéra qui, en marquant le
renouveau de l’art lyrique britannique, lui apporte une
renommée internationale. Mais aussi le doute. Refus de
céder aux obligations du succès, difficulté à rassembler
un important budget, crainte d’être broyé par la « machine
opératique », il choisit alors une forme lyrique réduite qui
lui permet de revenir à l’essentiel : « Ma technique consiste
à éliminer tous les déchets, à parvenir à une parfaite clarté
d’expression ». Le Viol de Lucrèce en sera le premier exemple,
un manifeste.
La guerre qui semblait absente de sa vie revient avec force
dans cet opéra et si la foule, l’agitation, y restent tenues
alentour, elle fait rage dans les êtres. Complice de
Benjamin Britten depuis Peter Grimes dont il avait achevé
le livret, Ronald Duncan emprunte à la pièce de André
Obey sa structure de tragédie antique où le choeur raconte
l’action tandis que les héros en vivent les conséquences.
Il offre surtout à cette bataille intérieure un texte versifié,
violemment poétique, qui sublime l’histoire récente pour
faire de Lucrèce un symbole de la résistance, tout en
épousant les thèmes chers au compositeur, comme le
conflit entre l’innocence et la perversion, le sentiment
de culpabilité, la nuit qui interdit toute issue, la solitude
de l’individu confronté à une société bornée.
Certes, le public bouda cette oeuvre qu’il ne jugeait pas
assez spectaculaire, trop poétique, mais Benjamin
Britten, exigeant plus qu’austère, se référant notamment
à l’économie de moyens d’un Mozart, lui avait déjà
répondu dans une lettre à son éditeur : « Ce sont les idées
qui comptent ».
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