- Opéra - pour sept chanteurs, Ensemble de quinze musiciens et électronique.

Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Gilles Rico
Préparation des chanteurs Rachid Safir
Scénographie  Bruno de Lavenère
Costumes Violaine Thel
Lumière Bertrand Couderc
Vidéo Etienne Guiol

avec
Sophia Burgos, Maria Republica             
Noa Frenkel, La révérende Mère               
Solistes XXI Direction Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster, Raphaële Kennedy
Ensemble orchestral contemporain
Direction Daniel Kawka
CIRM, centre national de création musicale
Direction François Paris
Production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NANTES THÉÂTRE GRASLIN

mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016

 

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

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C’est dans le sang du franquisme des années 1960 que l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos a trempé sa plume pour écrire la flamboyante tragédie de Maria Republica. Dans un français brut, acéré, forgé à la sueur de l’exil, il transforme le destin de cette prostituée, contaminée par malchance, contaminant par vengeance, en celui d’une putain rouge, sauvage et rebelle, jetée en couvent pour y faire repentance. Là, en ce lieu de pénitence plus que de prière, dont on masque l’odeur pestilentielle d’ordre établi par des fumigations de bienséante religion, Agustín Gómez-Arcos dresse les vies brisées en une statuaire baroque qui emplit l’obscurité de cris et de plaintes.
Plus de trente ans après son écriture, cette sulfureuse Maria Republica n’a rien perdu de la rage de son auteur qui, en 1966, a fui terre natale et langue maternelle pour échapper à la censure. En composant aujourd’hui cet opéra, François Paris pourrait bien lui offrir non seulement une musique tourmentée où l’économie des mots autorise un saisissant travail vocal, mais surtout une nouvelle terre d’asile, lyrique et contrastée, où plus rien ne pourra menacer son œuvre.
S’intéresser à Agustín Gómez-Arcos, c’est se pencher sur la douleur. Celle d’être né en 1933 à Enix, ce petit village perdu d’Andalousie, dans une famille républicaine de neuf enfants où l’affection ne suffisait pas à se nourrir chaque jour. Celle principalement d’avoir vu ses premières années assombries par l’arrivée au pouvoir du général Franco à partir de 1939. Cette enfance douloureuse où la dictature fait taire toute contestation, où fleurissent ses premiers émois au parfum d’inceste et d’homosexualité, il y reviendra dans son premier roman écrit en français, L’Agneau carnivore, publié en 1975.
 
À défaut de bonheur, il part très vite en quête de liberté. À Barcelone, tout d’abord, où l’air semble plus léger, où, après avoir oublié ses études de droit, il peut se découvrir comédien, metteur en scène, traducteur de pièces étrangères avant que d’oser écrire les siennes à la fin des années 1950. Cet amour du théâtre, qu’il servit si bien que cela lui valut d’être primé en 1960, ne l’aurait probablement pas quitté si la censure et les interdictions ne l’avaient contrarié. Alors il part. En 1966. Définitivement.
La liberté d’être comme il est, de penser comme il veut et d’écrire comme il pense, il va la chercher brièvement en Angleterre en y multipliant les petits métiers puis en France dès 1968, à Paris où il finira ses jours. En sacrifice quasi expiatoire, il renonce au théâtre, à écrire dans sa propre langue. Mais ses romans, tous écrits en un français qui a la brillance d’une culture acquise avec acharnement et affection, n’en sont que plus durs pour ce passé douloureux qui gangrène sa vie par-delà les frontières, s’attaquent sans concession à la religion, la morale, la bien-pensance, l’armée insolente et la bourgeoisie conformiste qui ont prospéré sous le régime du Caudillo.
L’originalité et la justesse du regard qu’il porte sur l’Espagne franquiste, le ton comminatoire et les envolées libertaires de son propos et, surtout, la puissance émotionnelle de ses images, séduisent aussitôt et le prix Hermès lui est attribué dès la parution de L’Agneau carnivore. Ana Non, paru en 1977, lui apporte la notoriété avec les prix du Livre Inter, Thyde Monnier et Roland Dorgelès. Maria Republica, autre figure féminine du refus, paraît en 1983. Le grand prix du Levant lui est décerné en 1990 pour L'Aveuglon et l'ensemble de son œuvre qui compte déjà près d’une quinzaine de romans. Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d'emprunt, en 1993, L'Ange de chair, en 1995, et il continuera d’écrire jusqu’à sa mort en 1998. Comme une revanche personnelle sur le destin.
     
 

 

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