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Opéra — en trois actes.

Livret italien de Raniero de’ Calzabigi, traduit en français par Pierre-Louis Moline, revu par Hector Berlioz.
Créé au Burgtheater de Vienne, le 5 octobre 1762, puis, pour la version française, à l’Académie Royale de musique de Paris, le 2 août 1774. Version révisée par Hector Berlioz, créée au Théâtre Lyrique de Paris, le 18 novembre 1859.

Direction musicale Andreas Spering
Mise en scène Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes Tim Northam
Lumière François Thouret

 

AVEC
Julie Robard-Gendre, Orphée
Hélène Guilmette, Eurydice
Sophie Junker, l’Amour

Choeur d’Angers Nantes Opéra
— Direction Sandrine Abello —

Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nantes / Théâtre Graslin

vendredi 2, dimanche 4, mardi 6, vendredi 9, dimanche 11 mars 2012

Angers / Grand théâtre

dimanche 18, mardi 20, jeudi 22 mars 2012

 

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30
reserver

Mémoire d'opéra n°5 : Emmanuelle Bastet

par Mathieu Delalle / Olalune

 

« Eurydice n’est plus,
et je respire encor ;
Dieux, rendez-lui la vie
ou donnez-moi la mort »

Orphée, Orphée et Eurydice

Le parcours d’Orphée dans l’histoire de la musique est aussi étonnant que celui qui le mène aux Enfers. Le mythe s’y métamorphose pour suivre le goût du moment et, souvent, s’y affranchir de la tradition. Ainsi L’Orfeo que compose Claudio Monteverdi à l’aube du XVIIe siècle, n’est pas seulement l’un des tout premiers opéras, il est aussi cette oeuvre spectaculaire, peuplée de personnages et péripéties féériques, qui annonce la fin de la Renaissance pour laisser place à l’époque baroque.
En 1762, lorsque Christoph Willibald Gluck crée Orfeo ed Euridice à Vienne pour la fête de François Ier de Habsbourg– Lorraine, il limite l’action à la tragique disparition d’Eurydice et à sa reconquête par Orphée, ne met en scène que trois solistes et un choeur, dans le seul souci apparent d’en faire un court divertissement pour un public choisi. Mais en combinant le dénuement virtuose des voix italiennes et une dramaturgie à la française, il marie la double tradition de l’opera seria et de la tragédie en musique.
Douze ans plus tard, pour séduire Paris, il remplace le castrat d’Orphée par un ténor très aigu comme en usaient Lully et Rameau, il fait réécrire le livret en français, donne de l’ampleur à son oeuvre pour qu’elle puisse se jouer dans la grande salle de l’Académie Royale de musique, ajoute des airs de ballet si prisés dans ce pays. Ce faisant, il réconcilie défenseurs de l’opéra français et partisans de l’opéra italien qui se livraient guerre ouverte, au point que Jean-Jacques Rousseau, l’un des plus acharnés tenants de l’opéra italien, sortira conquis d’une répétition : « Puisqu’on peut avoir un si grand plaisir pendant deux heures, je conçois que la vie peut être bonne à quelque chose. »
Hector Berlioz affirme dans ses mémoires qu’il doit sa vocation musicale à Gluck. La révision de Orphée et Eurydice qu’il propose en 1859 est donc un hommage à celui qui lui inspire « une passion instinctive », une talentueuse réhabilitation d’un compositeur tombé en désamour en ce milieu de XIXe siècle. Aidé du jeune Camille Saint-Saëns, il retravaille la version française, adapte le rôle d’Orphée pour la mezzo-soprano Pauline Viardot que les Parisiens adorent, gomme les passages les plus baroques pour en faire une tragédie lyrique à sa mesure.
Pourtant, de mutation en mutation, Orphée le musicien poète préserve l’essentiel, sa faculté à passer de l’autre côté du réel pour atteindre un art idéal, ultime refuge des âmes perdues. Comme en disait encore Rousseau : « Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l’imagination est sans frontières. »

 

Depuis Ovide ou Virgile jusqu’aux artistes contemporains, Orphée fascine les siècles qu’il traverse. Sans doute parce que ce fils du roi de Thrace et de la muse Calliope, cet aède qui reçoit une lyre des mains d’Apollon, cet enchanteur qui charme la nature aux accents de sa musique et de sa voix, cet aventurier qui partage le voyage des Argonautes, émeut les sirènes, amadoue les monstres infernaux avant que d’être déchiqueté par les Bacchantes, est devenu l’archétype même du poète.
En plein XVIIIe siècle, Christoph Willibald Gluck mêle à jamais le destin d’Orphée à celui d’Eurydice, cette nymphe que le jeune poète vient d’épouser et qui meurt aussitôt dans ses bras, cet amour devenu parfait depuis que le sort l’en a privé et qu’il tente en vain d’arracher au Pays des Ombres. Du mythe, embelli à l’extrême par sa musique, Gluck ne retient que cette descente aux Enfers, cette passion rêvée qui se dénoue à l’abri du réel et se perd dans les brumes apaisantes de l’art.
Près d’un siècle plus tard, tout en révisant l’oeuvre fidèlement, Hector Berlioz en fera l’illustration toute romantique d’un amour maudit qui n’a d’autre vie que dans la mort et le regret.