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« Je désire. La chose que je désire,
Je la pourchasse, je m’en repais et je la jette…
Courant déjà vers un nouvel appât. »
Scarpia, Tosca
En situant son action à Rome en 1800, après la bataille de Marengo et l’effondrement de la république romaine, Giacomo Puccini s’évite la
mièvre romance d’une cantatrice passionnée et jalouse avec un peintre rêveur et généreux. A l’ombre des églises et des palais, dans les dédales
de la religion et de la politique, il y a place pour un Scarpia, chef de la police maniant avec zèle abus de pouvoir et torture. Il veut posséder plus
qu’aimer, détruire plus que dominer, et les deux jeunes amants, artistes aveuglés d’absolu, deviennent ainsi ses plus belles proies.
Entre les cuivres de la victoire et un sombre Te Deum, le compositeur laisse le chant porter aux lèvres le désir, la rage, la haine, le désespoir. On
pleure l’amour saccagé, on frémit à la violence et la lâcheté des hommes, on admire la force et la solitude d’une femme. Tosca, traversant son
destin sans hésiter.
Dans l’ombre de Tosca, il y a toujours le parfum de Sarah Bernhardt qui créa le rôle-titre de la pièce de Victorien Sardou au théâtre en 1887 et, bien
sûr, celui de Maria Callas qui, en interprétant cinquante-cinq fois Floria Tosca entre 1942 et 1965, fit entrer l’opéra de Giacomo Puccini dans sa
propre légende. Ce n’est pas un hasard, Victorien Sardou écrivit la Tosca sur mesure pour la mythique actrice française et c’est en la voyant en 1889
que Giacomo Puccini décida de composer sa Tosca. Plus que le succès de la pièce, c’était l’histoire de cette diva et donc artiste libérée des
préoccupations du réel, cette femme aimante et donc exonérée des lois ordinaires, qui le fascinait. Avec elle se dessinait un certain idéal féminin,
romantique puisque sacrifié par amour, dont les négociations financières avec l’auteur lui laissèrent le temps d’en faire une première approche avec
Manon Lescaut en 1893.
Ici, comme l’église Sant’Andrea della Valle du premier acte, le palais Farnèse du second ou l’esplanade du château Saint-Ange du troisième,
l’Histoire n’est qu’un décor à laquelle Puccini s’intéresse moins que Sardou et bien moins que ce qu’en aurait fait un Giuseppe Verdi. Aidé de ses
librettistes Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, avec lesquels il signe une trilogie commencée avec la Bohème en 1896 — où l’art et la passion se
protègent du monde, et achevée avec Madama Butterfy en 1904 — où un Japon de pacotille disparaît pour ne laisser voir que la solitude
amoureuse de l’héroïne, il fait de Floria Tosca une femme hors du commun, moins insouciante que Mimi, pas encore résignée comme Cio-Cio-San.
Car chez Puccini, c’est la nature d’un homme qui trace le destin d’une femme. Non les événements. C’est donc le principal mérite de la période
choisie, celle du trouble et de l’intrigue d’une Rome ballotée entre libéraux et réactionnaires, que de pouvoir engendrer des êtres tels que Scarpia.
Homme de l’ombre et des ténèbres, cynique, brutal, sans scrupule, il est celui dont la concupiscence peut métamorphoser une cantatrice
jalousement amoureuse en un monstre de passion. Et c’est tout naturellement que la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser dénudera
l’histoire de ses ors et velours pour mieux laisser voir l’affrontement sanglant, la cause perdue, l’humain piétiné.
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