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— Melodramma — en trois actes

Livret de Francesco Maria Piave d’après la pièce La Dame aux camélias
de Alexandre Dumas fils, adaptée de son roman éponyme.
Créé le 6 mars 1853 au Teatro La Fenice de Venise.

Direction musicale Roberto Rizzi Brignoli
mise en scène Emmanuelle Bastet
décor Barbara de Limburg
costumes Véronique Seymat
lumiere François Thouret

Avec
Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
Cécile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de Letorières
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny

Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Sandrine Abello

Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en italien avec surtitres en français]

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nantes / Théâtre Graslin

dimanche 26, mardi 28, vendredi 31 mai, dimanche 2, mercredi 5 juin 2013

Angers / Le Quai

dimanche 16, mardi 18 juin 2013

en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

 

 

 

Les courtisanes se cachaient pour mourir quand la passion leur donnait enfin une raison de vivre. D’avoir trop aimé leur liberté, elles avaient perdu la liberté d’aimer. Ainsi de Violetta, la dévoyée. Grisée de son succès auprès d’hommes qui l’adoraient autant qu’elle les méprisait, rieuse égarée dans les salons du plaisir et la futile compagnie de trop bruyantes assemblées, elle s’était oubliée. Mais il avait suffi qu’un Alfredo, transi de sentiments, forçât les riches velours de sa vénale insouciance et lui parvînt au coeur pour qu’elle lui abandonnât aussitôt une fleur de camélia. Plus encore, sa vie. Avant que l’une et l’autre ne finissent par se faner. Dès les premières notes de son ouverture, limpide et grave, Giuseppe Verdi mène au drame final. Ni l’entrain des fêtes, ni les joyeux éclats du choeur, ne distrairont sa musique de la romantique noirceur dans laquelle il a voulu que vive et meure La Traviata. Le fol amour peut bien s’y chanter magnifiquement, l’éphémère espoir adoucir les plaintes, Violetta est condamnée à bouleverser.

 

« Un amour vrai, pour moi, serait-il un malheur ?
Que résous-tu, ô mon âme troublée ?
Nul homme encore ne t’avait enflammée... Ô joie
Que je n’ai pas connue : être aimée en aimant !
»

Violetta Valéry, La Traviata

 

Alexandre Dumas fils affirme que, « n’ayant pas encore l’âge où l’on invente », il « se contente de raconter », précise que « la personne qui [lui] a servi de modèle pour l’héroïne de La Dame aux camélias se nommait Alphonsine Plessis, dont elle avait composé le nom plus euphonique et plus relevé de Marie Duplessis ». Évidemment, cette star des courtisanes, aperçue au théâtre quand ils ont vingt ans, qui bouleverse sa vie quelques mois avant de pimenter celle de Liszt, de devenir comtesse de Perrégaux et, ruinée par trop de dissipations, de mourir de phtisie à vingt-trois ans, est l’une des sources d’inspiration de son roman. Pourtant, ce recours au « vécu » participe aussi d’une autre préoccupation, purement esthétique, celle de peindre l’époque avec une vérité qui augure un naturalisme que Zola portera au plus cru avec Nana.
Giuseppe Verdi assiste à la pièce, adaptée par Dumas de son roman, l’année qui suit la création à Paris. Deux ans plus tard, elle est La Traviata qu’une prude direction de La Fenice de Venise exige de présenter comme un drame du début du XVIIIe siècle pour en diluer le propos audacieux en des temps révolus quand le compositeur tient à ce qu’elle soit, pour la première fois sur la scène lyrique, un reflet sans concession de la société de son temps. Son voeu ne sera exaucé qu’en 1906, cinq ans après sa mort.
Les faiblesses du coeur rapprochent romancier et compositeur, mais la brève passion du jeune Dumas n’est pas la mure liaison que Verdi entretient au même moment avec la chanteuse Giuseppina Strepponi. Il n’y a pas chez Verdi cette haine du péché que nourrit depuis l’enfance le fils illégitime d'Alexandre Dumas pour celles, comme les nombreuses que fréquentait son père, dont « le corps a usé l’âme, les sens ont brûlé le coeur, la débauche a cuirassé les sentiments ».
Au contraire, Verdi aime son héroïne autant qu’il aime Giuseppina, celle qu’il épousera en 1859 pour l’imposer à la bonne société qui la méprise. Il semble souffrir son martyre, aimer comme elle aime, et quand il dit de Paris « qu’au milieu d’un tel vacarme il [lui] semble être dans un désert », on croirait entendre sa Violetta. La mort de sa mère en 1851, ses ennuis financiers du moment, le rendent encore plus sensible au destin de La Traviata à laquelle il offre ainsi une telle modernité, une telle véracité, que les plus grandes chanteuses rêvent depuis de l’incarner, de retrouver l’émotion que Verdi y a laissée : « J'ai adoré cet art, et je l'adore toujours ; quand tout seul, je me débats avec mes notes, mon coeur bat, les larmes me coulent des yeux, mes émotions et mes joies passent toute description ».