Dans le cadre de sa saison autour de l’amour, Angers Nantes Opéra convie six chercheurs et chercheuses au sein de son comité ÉCHO. Notamment Vincent Probst, professeur de cardiologie à l’Institut du thorax à Nantes. Nous lui avons posé deux questions, reliées à Orphée et Eurydice.
Quel est l’impact des émotions sur le cœur ?
Les émotions sont très anciennes et profondément liées à notre évolution. Elles jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de notre organisme et peuvent entraîner des modifications importantes de notre état physique. On peut, de manière générale, distinguer les émotions positives et les émotions négatives. Les émotions positives peuvent avoir un effet apaisant sur l’organisme : elles favorisent notamment un ralentissement du rythme cardiaque et de la respiration, une meilleure digestion et, plus largement, un fonctionnement plus équilibré de notre système immunitaire. À l’inverse, les émotions négatives nous préparent à réagir face à une menace ou à une agression. C’est un mécanisme de défense très ancien et parfaitement adapté lorsqu’il est ponctuel. En revanche, lorsqu’il se prolonge ou devient trop intense, le stress émotionnel peut avoir des effets néfastes.
Et peut-on mourir d’amour ?
Alors, peut-on vraiment mourir d’amour ? Je dirais plutôt que, dans certaines circonstances, on peut mourir de chagrin... d’amour. Une émotion particulièrement intense, comme celle que l’on peut ressentir lors de la perte ou de la séparation d’un être cher, peut provoquer des réactions cardiovasculaires puissantes. Dans certains cas, cela peut entraîner une accélération ou une perturbation du rythme cardiaque, et exceptionnellement conduire à un arrêt cardiaque ou à une mort subite. Depuis quelques années, on connaît mieux une pathologie appelée cardiomyopathie de stress, ou syndrome de tako-tsubo. Elle peut survenir à la suite d’un choc émotionnel intense.
Le cœur se contracte alors beaucoup moins efficacement, ce qui peut provoquer une insuffisance cardiaque et des troubles du rythme, parfois graves.
Mais il y a heureusement une note plus optimiste : dans la grande majorité des cas, le cœur récupère progressivement. Comme les blessures liées au chagrin, l’atteinte cardiaque peut guérir… à condition de lui laisser le temps.