Choisir Orphée et Eurydice pour ouvrir ma première saison à la tête d’Angers Nantes Opéra n’est pas anodin. Il y a d’abord le mythe, presque originel pour l’opéra : un homme descend aux Enfers et tente, par la puissance de son chant, de ramener l’être aimé parmi les vivants. Au commencement, donc, il y aurait la musique et cette confiance vertigineuse dans sa capacité à franchir les frontières, à déplacer le réel, à nous relier à ce qui nous échappe.
Il y a aussi Gluck et le geste profondément moderne qui est le sien. Avec Orphée et Eurydice, il cherche à revenir à l’essentiel : mettre la musique au service du drame, préférer la vérité de l’émotion à la démonstration, faire du choeur, de l’orchestre et des voix les acteurs d’un même récit. Commencer par cette œuvre, c’est ainsi affirmer quelque chose de l’opéra que je souhaite défendre : un art total, collectif, où toutes les forces concourent à faire naître une expérience sensible.
Mais Orphée ouvre également la question qui traversera toute cette première saison : quelles preuves donnons-nous par amour, et à quelles épreuves l’amour nous soumet-il ? Orphée accomplit le geste amoureux le plus absolu : descendre au royaume des morts pour retrouver Eurydice. Pourtant, ce récit que nous avons érigé en mythe romantique peut aussi être regardé autrement. Que savons-nous du désir d’Eurydice ? Que devient l’être aimé lorsqu’il est l’objet d’une quête, d’un idéal, d’un refus de la perte ? C’est précisement cet endroit que Lorraine de Sagazan et Alphonse Cemin viennent toucher : rouvrir les questions que le mythe contient. Avec toute l’équipe artistique, ce mythe rencontre notre présent.
- Alexandra Lacroix, directrice générale et artistique