Autour de l'opéra "The Carmen Case"
The Carmen Case combine des airs de l’opéra de Georges Bizet et une nouvelle partition de Diana Soh, comment cette rencontre se déroule-t-elle ?
Lucie Leguay : Nous sommes parties de l’œuvre de Bizet et avons conservé la partition dans tout l’opéra. Ce qui est assez incroyable dans The Carmen Case, c’est que l’on passe du monde de l’opéra originel à celui de Diana Soh, avec des transitions courtes, rapides, efficaces, grâce à une petite mélodie de Bizet, distordue par la réécriture. Elle permet la rencontre entre deux mondes. D’autre part, les épisodes de l’opéra sont disposés dans un nouveau déroulé, ce qui les fait voir sous un jour différent. Par exemple, on revit la très célèbre habanera avec des harmonies jazz, des timbres plus modernes.
La pièce de Bizet y sonne comme un souvenir mélancolique, une douce rengaine en quelque sorte. Dans sa musique, Diana Soh arrive à faire ressortir plein de couleurs différentes.
De quoi parle The Carmen Case ? Que retrouve-t-on de Carmen dans cette production ?
Lucie Leguay : C’est en quelque sorte la suite, des années plus tard, des conséquences de la mort de Carmen. The Carmen Case, c’est le procès de Don José. On a donc deux Don José dans l’opéra : celui qui joue les flash-back et celui qui vit tout le procès. On retrouve tous les personnages de l’opéra Carmen, mais chacun est dédoublé et possède une autre version de lui-même dans notre monde : l’avocate de la défense, des personnes chargées d’expertise. J’aime beaucoup ce double éclairage proposé par Alexandra Lacroix, car cela nous transporte dans un autre univers, qui n’a jamais été représenté à l’opéra, celui d’une cour d’assises. Et puis le spectacle est total : le président de la cour est en fosse avec moi, je dirige en tenue d’avocate, donc je me sens partie intégrante du spectacle. Je fais corps avec lui, et c’est très agréable. Souvent, il y a une distance entre la fosse et le plateau ; là, nous avons une vraie proximité avec les chanteuses et les chanteurs.
La saison à Angers Nantes Opéra parle d’amour : en quoi ce terme résonne-t-il avec The Carmen Case ?
Lucie Leguay : Évidemment, il n’y a pas que de l’amour dans ce spectacle, puisqu’il aborde aussi la violence dont a été victime Carmen. Mais on y trouve plein d’amours différentes. Pour ma part, je vois l’amour de Mercedes et de Frasquita pour Carmen, qui est leur amie et qu’elles veulent défendre coûte que coûte. J’y vois une sororité très puissante. L’amour entre Carmen et Escamillo est visible et bien réel : on voit leur proximité et leur complicité. Dans la relation entre Don José et Carmen, on voit aussi ce qui est complexe, ce qui est âpre, et c’est aussi l’occasion d’explorer tout le spectre de l’amour à la haine. Mais plus généralement, The Carmen Case invite aussi à l’amour des femmes, et de leur liberté.
The Carmen Case, un opéra à découvrir du 1er au 6 décembre au Théâtre Graslin de Nantes, et le 12 décembre au Grand-Théâtre d'Angers.