Trois questions à la metteuse en scène Phia Ménard et à la musicologue Raphaëlle Blin

Autour de l'opéra "Così fan tutte"

L’opéra à un sous-titre L’École des amants, et ce dernier vous a particulièrement intéressée, pourquoi ?

Phia Ménard :  Évidemment, ce sous-titre a eu un effet catalyseur sur ma lecture de l’œuvre et de sa pertinence à la produire encore aujourd’hui. Nous sommes en 2026, et non en 1790. Bien que le marivaudage et la galanterie soient de nos jours des reliques, il faut bien constater qu’ils laissent encore des traces dans notre société. Leur perpétuation sous la forme d’une séduction la plus douce, ou la plus abusive, est un sujet fondamental du patriarcat, comme Simone de Beauvoir, figure emblématique du féminisme français du XXe siècle, le développait dans son ouvrage Le Deuxième Sexe : « La galanterie est une contrepartie héritée des sociétés patriarcales visant à maintenir la femme dans son état d’asservissement. » L’école est un sujet que je souhaite également questionner avec cette oeuvre. De quelle école parlons-nous ? Celle d’un enseignement critique ou l’éducation de l’enfant à la perpétuation d’un modèle qui vise à maintenir un ordre ? Lequel ? C’est à partir de ces interrogations que je pose mon point de vue de mise en scène.


Comment raconter cela sur scène ?

Phia Ménard : Avec cet angle de lecture du livret, qui articule l’éducation d’enfants et la perpétuation des règles patriarcales, j’ai choisi de convoquer un lieu, à la fois symbole d’un espace romantique et lieu clos, par sa définition même : il s’agit d’un parc à thème, un espace vert, méticuleusement travaillé. Tout y semble parfait, le gazon est taillé, les arbres impassibles, les petites buttes parsemées de terriers et d’un bassin, un cadre idéal à la méditation. Mais c’est un cadre faussement bucolique qui cache de toute évidence une partie beaucoup plus sombre.


L’orchestre occupe une place de choix dans cet opéra, qu’en est-il ?

Raphaëlle Blin : Mozart fait de l’orchestre un personnage à part entière, qui répond aux interrogations des protagonistes, fait entendre ce que le texte ne dit pas explicitement, comme les revirements intérieurs, les déclarations inavouées. L’ensemble instrumental déborde de son rôle d’accompagnateur des voix, en se faisant aussi commentateur et révélateur des émotions cachées. C’est le cœur qui parle.


Così fan tutte, un opéra à découvrir du 10 au 16 mars 2027 au Théâtre Graslin de Nantes et le 25 mars au Grand-Théâtre d'Angers