3 questions à Marc Scoffoni

Artiste lyrique en résidence, Marc Scoffoni nous raconte son année à Angers Nantes Opéra. 

 

Qu’est-ce que cela veut dire, être un artiste en résidence ?

 

Marc Scoffoni : "L’artiste en résidence est un artiste protéiforme, qui est amené à faire différentes choses tout au long de la saison. Il y a les présentations des spectacles Ça va mieux en le chantant, concerts participatifs où je suis l’artiste « présentateur » qui fait le lien entre le public et les autres artistes sur scène (le chœur d’Angers Nantes Opéra). Je suis comme la passerelle entre ceux qui assistent au spectacle et les artistes, et je chante également pendant le concert. Il ne faut pas oublier qu’il y a une deuxième artiste en résidence, Marie-Bénédicte Souquet (soprano), avec qui j’alterne pour les présentations.

En tant que « pur chanteur » je joue dans deux opéras par an pour Angers Nantes Opéra. Et puis je suis aussi un acteur de nombreuses actions culturelles où nous partons à la rencontre de publics très différents, car le but de l’opéra et un des souhaits de notre directeur est d’ouvrir le théâtre au plus grand nombre, de montrer que le Théâtre leur appartient.

 

C’est donc un métier transverse où je suis en contact avec tous les services de la maison : la communication, la direction artistique, le service d’actions culturelles (…) avec pour objectif de balayer le plus grand nombre de public et d’aller à leur rencontre. Il s’agit de montrer que l’artiste lyrique n’est pas un OVNI (Objet Vocal Non identifié), que c’est une personne comme une autre. Avec les rencontres faites sur le terrain, je montre finalement qu’il existe beaucoup de points communs entre chanteurs lyriques et jeunes, qu’il ne faut pas avoir peur de l’opéra. Même si le bâtiment peut être impressionnant, tout le monde à le droit d’y entrer. J’essaye de casser les clichés (et il y en a tellement !).

 

Par exemple avec les concerts Ça va mieux en le chantant. Déjà, les places sont vendues 3/4 euro. J’entends toujours que l’opéra c’est cher, mais là 4 euros ! Et puis tout le monde peut y assister, si tu as des enfants en bas âge une garderie est ouverte à l’opéra les soirs de représentations et en plus, tu assistes à un concert d'une heure. Une heure, ça ne fait pas mal, c’est comme un épisode de série Netflix. Tu sors de ce moment, tu as chanté avec des artistes dont c’est le métier et cela n’arrive jamais (c’est comme si tu jouais au foot avec Mbappé). C’est une expérience singulière !

 

Souvent quand je parle d’opéra, je fais une comparaison avec le football. Je ne suis pas un grand fan de foot, mais j’ai un ami qui m’a emmené voir un match et j’ai découvert que ce qu’il se passe sur la pelouse c’est un prétexte pour ce qu’il passe dans les gradins : les gens qui hurlent, qui chantent, c’est une vraie communion. L’opéra c’est pareil, c’est un spectacle vivant : un chanteur, un orchestre il faut les voir parce que les écouter à la radio ce n’est pas la même sensation."

 

 

 

Vous êtes acteur de différents projets culturels portés par Angers Nantes Opéra, par exemple le projet « Voix Tracées ». Peux-tu nous en dire plus ? 

 

Marc Scoffoni : "C’est un projet qui est construit en partenariat avec le réseau Art’Ur, un réseau qui regroupe des professeurs de socioculturelle, une matière qui est proposée aux élèves des lycées agricoles de la région et qui mélange différents domaines artistiques.

Ce réseau Art’Ur fait appel à différents artistes (soundpainting, captation sonore…) pour une résidence dans plusieurs lycées agricoles. Chaque artiste ou binôme d’artistes, reste 3 semaines dans l’établissement pour créer quelque chose avec les étudiants.

 

Angers Nantes Opéra est un acteur essentiel à ce projet, les lycées sont aussi en partenariat avec nous et moi je sers un peu de « fil d’Ariane » ; tandis que les autres artistes sont en résidence dans leur lycée, de mon côté je rencontre tous les élèves dans le but de leur proposer un récital s’inspirant de leurs références musicales.

Accompagné de Mélanie Brégant, accordéoniste avec qui je travaille en duo sur ce projet, nous essayons de faire comprendre aux élèves qu’il existe un lien fort entre leur référence musicale et l’opéra. J’utilise les codes de leur musique pour aller vers eux.

Pour cela, nous leur demandons de répondre à un petit sondage avec des questions comme « Quel est votre chanteur de rap préféré ? » « Votre série Netflix préférée ? » « Votre chanteuse américaine préférée ? » et ainsi de suite, afin de mieux les connaître… En utilisant les réponses reçues, nous créons un récital. Il existe une « base » de morceaux classiques que je vais chanter et j’y intègre leur référence pour leur montrer les points communs entre Ninho et Mozart, ou entre Grand Corps Malade et Monteverdi…

Donc ils apprennent des choses sur la musique classique et moi aussi je découvre des musiques actuelles ! La dernière fois ils m’ont fait écouter Ninho (donc je n’avais jamais entendu parler). Alors je me suis renseigné le soir, et ce Ninho il fait 50 millions de vues ! Il mérite que j’écoute et que je découvre ce qu’il fait…

 

J’essaye de leur montrer que ce qu’ils écoutent c’est de la poésie. Quand je leur demande « Est-ce que l’un de vous aime lire de la poésie ? », j’ai toujours des réponses négatives alors que le rap, le slam, c’est de la poésie. Nous parlons aussi beaucoup des séries Netflix parce que ce sont toujours les mêmes thèmes qui reviennent : l’amour, la trahison, le pouvoir, les liaisons impossibles…  Tout ça, c’est l’opéra !

 

C’est un beau projet, nous sommes là pour leur prouver que leur monde est exactement le même que le nôtre. Que nous ne parlons pas la même langue, mais que nous avons le même langage !"

 

 

 

Quels sont tes futurs projets avec Angers Nantes Opéra ?

 

Marc Scoffoni : "Je vais continuer à m’investir dans les projets d’actions culturelles. Cette saison nous faisons 5 lycées agricoles dans le cadre de Voix Tracées, et l’année prochaine nous en ferons 5 nouveaux. Je présente aussi les Ça va mieux en le chantant.

Vous me retrouverez dans l’opéra Lucia di Lammermoor qui se joue au mois de mars et puis vous me verrez dans Les Fourberies de Figaro en avril, un spectacle au format assez court (une particularité d’Angers Nantes Opéra). L’année dernière sous ce même format nous présentions Les Aventure de Papageno, inspiré de La Flûte enchantée.

 

Avec ces représentations d’une heure (plus facile d’accès), nous allons recevoir plein de scolaires mais aussi des publics peut-être plus éloignés. Il existe une grosse politique d’ouverture de l’opéra. Il y a eu beaucoup de préjugés pendant trop longtemps et maintenant on ouvre, on innove !"