5 choses à savoir sur Iphigénie en Tauride

Tragédie lyrique composée par Christoph Willibald Gluck en 1779, Iphigénie en Tauride inaugure la saison 20/21 d'Angers Nantes Opéra.

 

Sujet mythologique, partition innovante, rôle d'envergure... (re)découvrez ce chef-d'œuvre du répertoire français à travers une sélection d'anecdotes.

 

 

La Diane d’Ephèse en son temple de Tauride

 

C’était l’une des sept merveilles du monde : le temple d’Artémis à Ephèse surpassait en beauté et en majesté tous ceux consacrés à Zeus. Il était aussi l’un des plus anciens d’Asie Mineure, situé non loin d’Izmir, l’ancienne Smyrne. L’Artémis vénérée à Ephèse était très différente de la déesse de la lune, farouche chasseresse et célibataire endurcie, que les Romains allaient rebaptiser Diane. Elle symbolisait au contraire la fécondité : le Musée de Naples conserve une très belle réplique antique de la statue d’Ephèse, caractérisée par cette poitrine démultipliée qui la fait qualifier de polymastos. On la trouve associée à toutes les nouvelles contrées conquises par les Grecs : Marseille par exemple, dont le tout premier temple fut consacré par les Phocéens à Diane, et bien sûr la Tauride, que nous nommons aujourd’hui Crimée.

 

 

L’amitié de Marie-Antoinette

 

A Vienne, petite archiduchesse de neuf ans, elle avait dansé sur sa musique et pris avec lui des leçons de clavecin. Devenue dauphine de France, Marie-Antoinette n’eut de cesse de faire venir à Paris son maître Christophe Willibald Gluck. C’est en 1774, l’année où son époux Louis XVI monte sur le trône, que l’Opéra de Paris présente tout d’abord Iphigénie en Aulide, puis la nouvelle version, en français, d’Orphée et Eurydice, véritable coup de tonnerre qui sera suivi de trois autres triomphes. Présentés durant les cinq années qui suivent, grâce à la fidèle protection de Marie-Antoinette, Alceste, Armide, puis Iphigénie en Tauride consacrent le génie de Gluck en France. Après 1779, le compositeur retourne définitivement à Vienne où il passera ses dernières années. Disparu en 1787, le récit lui sera épargné des épreuves subies par la souveraine jusqu’à sa mort sous le couperet de la guillotine, le 16 octobre 1793.

 

 

Des barbares sanguinaires et pourtant si raffinés

 

Pour les Grecs anciens, ils sont les barbares du Nord, envahisseurs des rives septentrionales de la mer Noire. Quand on parle des Scythes, il faut pourtant parler de nombreuses ethnies qui occupèrent non seulement l’Europe de l’Est mais toute une partie du Moyen-Orient et de l’Inde actuelle aussi. Tout un sous-continent de cavaliers semi-nomades, parlant des langues proches du persan, aussi fascinants pour leur mode de vie guerrier – un vieil homme se devait de repartir au combat pour mourir dignement – que pour le raffinement de leur orfèvrerie. Ce sont leurs extraordinaires bijoux d’or qui les ont fait connaître au grand public ces dernières décennies. Les Scythes ont laissé peu d’autres traces d’une civilisation que les Grecs, cependant, ne pouvaient s’empêcher d’admirer : malgré leurs racines asiatiques, tous les historiens s’accordent pour admirer leurs yeux bleu-gris et leurs cheveux blonds ou roux. De quoi entretenir le mythe de leurs origines autant que de leur descendance, profuse et controversée.

 

 

Un rôle pour monstres sacrés

 

La Valenciennoise Rosalie Levasseur n’avait ni la plus grande voix du monde, ni le physique le plus avantageux. Pourtant, Gluck n’hésita pas à lui confier le rôle d’Iphigénie ; il la considérait comme la plus parfaite tragédienne de la troupe de l’Opéra, et tous les commentateurs confirment que son choix, quoique surprenant, était tout-à-fait judicieux. Au XXe siècle, lorsque Iphigénie en Tauride retrouva une place de choix dans le répertoire de l’Opéra-Comique puis du Palais Garnier, le rôle allait échoir à des artistes aux moyens vocaux sans doute plus spectaculaires mais dont la principale qualité était aussi le sens dramatique. Dans les années 1900, c’est Rose Caron qui redonne vie à Iphigénie. Elle avait été la première Elsa parisienne du Lohengrin de Wagner et la première Desdémone de Verdi. Lui succèderont d’autres grandes wagnériennes françaises : Suzanne Balguerie, Germaine Lubin , Régine Crespin, Rita Gorr. Et puis, à la Scala de Milan en 1957, Maria Callas elle-même, dans une mise en scène de Lucchino Visconti. A Nantes, la dernière interprète d’Iphigénie fut en octobre 1999 Alexia Cousin, étonnante artiste dont la carrière, météorique, dura moins d’une décennie.

 

 

Berlioz rend justice à Gluck

 

« Il y a deux grands dieux supérieurs dans notre art : Beethoven et Gluck. L’un règne sur l’infini de la pensée, l’autre sur l’infini de la passion ; et ces deux Jupiters ne font qu’un seul dieu en qui doivent s’abîmer notre admiration et notre respect. Gluck innova presque dans tout ; néanmoins en innovant il ne fit que suivre l’impulsion irrésistible de son génie dramatique. Doué d’un sentiment d’expression extraordinaire, d’une rare connaissance du cœur humain, il sut donner aux passions un langage vrai, profond et énergique, en employant toutes les ressources musicales dans cette unique direction. Quand les règles ne contrarièrent point son inspiration il les suivit, il s’en affranchit quand elles le gênèrent. Il introduisit un grand nombre de rythmes nouveaux, adoptés ensuite par Mozart. Plusieurs d’entre eux ont passé dans les compositions modernes, sans que les musiciens de nos jours aient pu les éviter. Ils obéissent encore au despotisme que ce sombre et puissant génie exerça sur tous les genres de musique expressive. Le premier il fit de cet art une véritable poésie ; et s’il n’avait pas tout sacrifié à son système, s’il avait eu plus de variété, on pourrait regarder Gluck comme le Shakespeare de la musique. » (Le Correspondant, 22 avril 1830)