L'Inondation... en 5 anecdotes

1°Adapter le temps long du théâtre à l'opéra 

Le spectateur ne sait pas toujours que le temps mis à disposition pour monter une création d’opéra est extrêmement court au regard d’une production de théâtre. En jeu, une question de coûts de production bien entendu. Pourtant, après divers échanges avec la direction de l’Opéra Comique, le dramaturge et metteur en scène Joël Pommerat a proposé d’adapter exceptionnellement ce temps long du théâtre à l’opéra pour la création de L’Inondation. Les équipes de l’Opéra Comique ont ainsi ajusté leurs modes de fonctionnement et leurs plannings afin d’intégrer, sur une durée de deux ans, des ateliers de travail co-animés avec Francesco Filidei à l’issue desquelles les maîtres d’œuvre ont accouché d’un livret et d’une partition à peu près finalisés. La partition a d’ailleurs été enregistrée par l’Orchestre Symphonique de Bretagne en septembre 2018, soit un an avant la création de l’œuvre, permettant ainsi à l’équipe artistique de répéter à l’aide d’un matériau sonore en toile de fond et d’exploiter dans l’écriture de la mise en scène la fonction dramaturgique du décor. Un cas d’école.

 

2°Un processus de travail organique

Au temps long du théâtre répond un processus de travail que l’on pourrait qualifier d’organique. Alors que, classiquement, un compositeur ou une compositrice travaille de façon solitaire à la composition d’un opéra, Joël Pommerat a proposé à Francesco Filidei de collaborer avec lui en amont et même pendant l’écriture de l’opéra. Les séances de travail sur le long cours ont ainsi permis d’expérimenter dans un seul souffle musique, voix et textes de façon collective, l’occasion d’un dialogue constant et fécond entre une scène écrite et une partition accompagnée au piano et au violoncelle. Différents chanteurs ont été invités à participer tour à tour à ces ateliers et mis à l’essai avant d’être choisis. Enfin, au plateau, le travail scénique s’est nourri d’improvisations, d’allers- retours entre les maîtres d’œuvre et les chanteurs-acteurs, à la limite de l’écriture au plateau chère à Pommerat.

 

3°À la source de L'Inondation, l'étrange nouvelle d'Evgueni Zamiatine 

Pour ses 3 premiers opéras, Thanks To My Eyes (2011), Au monde (2014) et Pinocchio (2017), Joël Pommerat avait conçu son travail de mise en scène à partir de ses propres pièces de théâtre. Mais pour L’Inondation, le dramaturge a eu à coeur de travailler sur un livret original. Le choix, en accord avec le compositeur, s’est rapidement porté sur la nouvelle éponyme d’Evgueni Zamiatine, écrivain russe et ingénieur naval du XXe siècle, adepte de la contre-utopie dont les œuvres, dit-on, auraient inspiré rien moins que Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932) et 1984 de George Orwell (1949). Mais Zamiatine n’était pas seulement écrivain, il était aussi musicien et librettiste. Aussi l’univers de l’opéra n’est-il pas très éloigné de l’auteur puisque ce dernier a contribué en 1927-1928 au livret du Nez de Chostakovitch, créé en 1930, d’après Nicolas Gogol.

 

4°L'atelier de décors d'Angers Nantes Opéra mis à contribution 

C’est une fierté pour Angers Nantes Opéra, qui en a fait l’une de ses principales missions, de soutenir la création en y mêlant ses savoir-faire. L’impressionnant décor naturaliste de L’Inondation, construit en grande partie par l’atelier de décors d’Angers Nantes Opéra et conçu par Eric Soyer, collaborateur fidèle de Joël Pommerat, se présente comme un immeuble en coupe sur trois étages, dans le but de « montrer des actions simultanées et pour offrir à l’action principale des contrepoints visuels ». Le scénographe ajoute que ce décor « permet de visualiser la circulation, les interactions et la solitude des personnages, chaque appartement offrant aussi la photographie d’une situation familiale et sociale ». En hors champ, l’escalier de l’immeuble, la rue, mais aussi des phénomènes naturels qui ne manqueront pas de surprendre le spectateur-voyeur de cette tragédie moderne.

 

5°Un opéra... percussif ! 

Si la musique de Francesco Filidei assume son lien avec le passé, en y mêlant en particulier un lyrisme qui fait écho à ses origines italiennes, la partition de L’Inondation n’en est pas moins dotée d’une grande modernité naturaliste, où les innombrables percussions confèrent  à l’œuvre là aussi un aspect organique. Le parti-pris d’un discours simple, serti de mots rares, ne donne en effet que plus de place à un environnement où grondent d’inquiétants phénomènes naturels. Nous pouvons ainsi compter pas moins de 80 percussions différentes, pour certaines infiniment originales : fouet, kazoo, jouet couineur, langue de belle-mère, couverts de table, appeaux d’oiseaux, carillon de coquillages, sifflet de police ou encore boîtes à meuh... Amusez-vous à les identifier.